UN CONCOURS AU BOURG

Scénario de comédie (110 pages)

Résumé :

Ça se passait dans un bourg. Ça se passait dans un bar. Berthe, à sa place, en bout de comptoir. En train de l’admirer, son serveur préféré. Celui qui gérait un endroit, chaque week-end, fréquenté.

Une affiche annonçant l’organisation d’un concours de beauté.

Une promesse.

Et voilà Berthe inscrite. S’entraînant, se préparant.

Pour le remporter, ce titre ?

Berthe, la première Miss Magnifique ?

1. EXT. Devant conserverie – NUIT

Une imposante structure de métal au milieu de la nature, la conserverie de laquelle BERTHE sort.


PATRICK accompagne Berthe.


Berthe et Patrick gardent leurs bouchons d’oreille jusqu’à fermeture complète de la large et lourde porte en acier, celle qui sépare la mécanique humaine des espaces verts.


Berthe et Patrick retirent leurs bouchons d’oreille.


Le sympathique chant d’un oiseau éclaire l’atmosphère.


BERTHE

Ah ! Je le reconnais. C’est un…


Une détonation stoppe, net, l’envolée lyrique du volatile.


La bouche de ZOÉ.


ZOÉ

C’était un.


La complicité entre Berthe et Zoé laisse Patrick en retrait.


ZOÉ

(à Patrick)

Tu lui veux quoi ?


Zoé paraît prête à griffer Patrick.


PATRICK

Je… C’est-à-dire que je… Enfin, je…. Ta maman… Je… Ta maman. On…


Berthe intervient, devant tant de désarroi affiché par Patrick.


BERTHE

On en discutera.


Plusieurs employés se regroupent et sourient.


Leurs attitudes s’assimilent à de la moquerie, faciale moquerie, facile moquerie envers Berthe.


BERTHE (PENSÉE)

Je savais pour Patrick. Tout ce qu’il ressentait pour moi. Mais je l’ignorais, comme tout ce qu’il existait de mâles dans cette usine. On ne mélange pas le travail et la baise.


Berthe et Zoé avancent.


Patrick avance.


Berthe et Zoé reculent.


Patrick recule.


Berthe et Zoé avancent, puis reculent.


Patrick avance, puis recule.


PATRICK

Berthe !… Je. Enfin, je… Je voulais vous dire que… Enfin, je…


ZOÉ

Il commence à faire nuit. On va rentrer.


Le bâtiment semble se déformer derrière Berthe, Zoé et Patrick, gonfler, se comprimer, agir suivant des déplacements orchestrés par les machineries.


Plus de chants d’oiseaux.


Berthe entend des « Beurk ! », en lieu et place de son prénom.


BERTHE (PENSÉE)

Une sale blague. Tout ça parce que je refusai un moment de détente avec le chef de cette bande.


Une autre détonation se laisse entendre.


ZOÉ

Presque vingt heures. On va rentrer. Le repas nous attend.


PATRICK

Je… Berthe… je pourrai vous… Enfin, je…


BERTHE

Merci de nous proposer de nous ramener. Mais la voiture nous attend. Ma voiture. J’ai mon permis de conduire.


ZOÉ

Oui. On est très attendues. Le repas, la voiture. Mon cortège de gogos danseuses.


BERTHE

Des gogos danseurs.


ZOÉ

Oui, si tu veux.


PATRICK

C’est… C’est… C’est… ?


BERTHE

Mais non, elle blague. Tu connais le règlement intérieur de l’immeuble. Aussi bien que nous. On ne transige pas avec les règles.


De la fermeté affichée par Berthe pour clore la conversation.


PATRICK

Je… Je… je…


Berthe et Zoé laissent Patrick.


Berthe occulte, autant que possible, les agaçants « Beurk! » croisés.


ZOÉ

Des bêtises venant d’une bande de cons, tous à mettre au même niveau, bas le niveau, souterrain le niveau.


Zoé prend la main de Berthe.


ZOÉ

Non, maman, pas de livraison de paires de claques. Même aux plus méritants. Pas aujourd’hui. Dans leurs grandes gueules de cons, ce sera pour une autre fois.


La conserverie s’éloigne.



2. EXT. Parking de la conserverie – NUIT


Un parking, situé dans un champ, en vue.


Berthe et Zoé traversent la route, prudemment, restant côte à côte.


Berthe et Zoé descendent une allée dégagée au sol caillouteux et slaloment entre plusieurs véhicules de toutes tailles.


Des branches sciées par des balles s’écrasant à proximité, Berthe et Zoé montent dans une voiture.



3. EXT / INT. Parking de la conserverie / Voiture de Berthe – NUIT


Berthe et Zoé bouclent leurs ceintures de sécurité.



4. INT. Immeuble : Hall – NUIT


Berthe et Zoé entrent dans un immeuble, le seul immeuble de la commune situé hors du bourg, la première et dernière construction d’un lotissement.


BERTHE

T’as bien dit : « Gogos danseuses » ?


ZOÉ

Quoi ?


BERTHE

Non. Rien.



5. INT. Café du bourg – NUIT


Berthe est installée en bout de comptoir, là où elle peut converser avec Mario, entre deux clients.


BERTHE (PENSÉE)

Mario, je le trouvais beau. Son sourire. Charmant. Ses belles dents. Mario, le beau Mario. Je l’admirais. En toutes saisons. En fin de saison. Au moment de la finale de la ligue des champions : lui que j’admirais. Des autres dans le bar, des footballeurs dans l’écran, je m’en fichais. Mario que j’admirais. Que lui. Tout lui. Lui. Mario.

Tranquillement, Berthe boit son verre, à sa place.


DIVINE débarque.


BERTHE (PENSÉE)

Elle, je la détestais. Mon opposée. De partout. Physiquement. Psychologiquement. Moralement. Démonstrativement. Tout ce que je détestais la constituait, cette comédienne demandée, appelée.

MARIO souriant.


MARIO

(à Divine)

S’il te plaît, ma chérie, peux-tu cesser ? J’ai oublié de passer la commande de défibrillateurs. Tu vas nous causer combien d’arrêts cardiaques, toi. Combien encore ?


Berthe ricane fortement, bêtement, couvrant ainsi le son de la musique d’un mou pop-rock craché des enceintes carrées positionnées sur trois des murs du bar.


DIVINE

(à Mario)

Approche !


Berthe suit cela d’un œil attentif.


BERTHE (PENSÉE)

C’est qu’il se rapproche. De Divine ? De sa poitrine gonflée comme deux ballons de baudruche ? De son menton sans poil noir, sans point noir, sans bouton rouge ? Non, de ses lèvres. Non, pas de ses lèvres !… Leurs bouches. Non ! Pas ça…


Berthe pousse un cri d’horreur, juste avant que les bouches de Mario et Divine se rencontrent.


D’un seul mouvement, les têtes de Mario et de Divine se tournent vers Berthe, semblant guidées par une seule et même télécommande, obéir à un ordre unique.


Mario et Divine regardent Berthe, avec étonnement.


Berthe interpelle des clients.


BERTHE

Moi aussi, à trente ans, je pouvais soulever la jambe au-dessus de la tête. En plus de boire un verre cul sec, dans le même temps, évidemment.


Les clients ne s’intéressent pas à ce que raconte Berthe.


BERTHE

Et sans culotte sous la jupe.


Les clients ne s’intéressent toujours pas à ce que raconte Berthe.


Remarquant que Divine monopolise l’attention, Berthe regagne son siège en bout de comptoir.



6. INT. Café du bourg – NUIT – PLUS TARD


Berthe boit, seule, dans son coin, n’adresse la parole à personne.


Mario ne semble pas s’inquiéter pas de voir Berthe ainsi prostrée.


Berthe, délaissée, abandonnée.


Alors que la fête comble l’endroit de paroles joyeuses, d’accolades viriles, de baisers fougueux, de rires sincères et explosifs, de déhanchements, de trémoussements langoureux, expressifs, Berthe reste seule.


Une cloche sonne.


MARIO

(en haussant le ton)

Tout le monde se barre de mon bar ! Tout le monde se barre de mon bar ! Tout le monde se barre de mon bar !


Mario se tourne vers Berthe.


MARIO

Berthe, tu bouges ton petit cul !


Berthe sourit.


BERTHE (PENSÉE)

Un compliment…

7. EXT. Rue devant café du bourg – NUIT


Titubante, Berthe accroche la manche d’un type et le pantalon d’un autre.


Berthe regarde dans la rue.


Berthe cherche sa voiture.


VILLAGEOIS

Vous allez rentrer en voiture ?


BERTHE

Petites. Routes. Dormir. Voiture.


VILLAGEOIS

Une charade ?


BERTHE

(rectifiant)

Démerde.


Et se tenant à la façade du café puis aux murs des habitations voisines, Berthe laisse ses probables bienfaiteurs derrière elle.


BERTHE

Démerde. Moi. Merde.


Berthe s’assoit sur un rebord de fenêtre.


Berthe arrache des fleurs d’un pot.


Berthe devient songeuse.


Une femme veut la caresser, paraît croire Berthe.


Méchamment, Berthe dégage cette femme.


Un véhicule s’arrête.


INDIVIDUS

On vous dépose quelque part ?


BERTHE

(baragouinant)

Démerde. Moi. Merde.



8. EXT. Route / Voiture inconnue – NUIT


Berthe, mal comprise, se retrouve sur une banquette arrière déchirée et tâchée, entre des gens dont elle ignore l’identité.


INDIVIDUS

Elle s’appelle Berthe. Elle vient souvent au bar.



9. INT. Immeuble : Cage d’escalier – NUIT


L’immeuble et ses marches d’escalier de plus en plus hautes, Berthe les gravit, une à une, telle une alpiniste, en pleine montagne, affrontant un col de catégorie supérieure.


Les jambes de Berthe semblent faiblir lors de la montée, une difficile escalade dans son état, encore second l’état.



10. INT. Immeuble : Cage d’escalier – NUIT – PLUS TARD


Du poing, Berthe frappe le bouton minuté de l’éclairage, à plusieurs reprises.



11. INT. Immeuble : Cage d’escalier – NUIT – PLUS TARD


Berthe reprend l’ascension, son logement en objectif à atteindre.


À voix haute, Berthe compte les marches.


BERTHE

… Quatre, cinq…


Berthe continue de monter.


BERTHE

… Six, sept, huit… Merde !


Berthe redescend de quelques marches.


BERTHE

… Sept, huit… Merde ! Ouille !


Sur les fesses, Berthe redescend d’une dizaine de marches.

12. INT. Immeuble : Cage d’escalier – NUIT – PLUS TARD


Tenant la rampe avec fermeté, Berthe lève un pied puis l’autre, donnant l’impression d’un robot rouillé, désarticulé.



13. INT. Immeuble : Devant logement de Berthe – NUIT


Berthe arrive à son appartement, devant, fermé.


Les poches des vêtements de Berthe se retournent, une à une, suivant les recherches.


Berthe soulève le paillasson et trouve un trousseau fourni.


Berthe se penche mais trop brusquement, en voulant introduire.


Un mouvement de balancier de Berthe.


Berthe s’assomme presque contre la plaque en bois.


Le front de Berthe glisse vers le bas, prolongé par le reste de son corps.


Berthe se recroqueville, elle s’enroule.


Berthe, comme un gros chat, s’endort.


Cinq ronflements de Berthe.


La main, les mains, les bras de Patrick, revenu vers Berthe.


Une détonation.


Une fenêtre éclate.


PATRICK

(rouspétant)

Put… ! Les… !


Berthe ouvre un œil.


Berthe se rendort.


Patrick secoue Berthe.


Patrick remet Berthe sur ses pieds.

Patrick tient Berthe par la taille, baisse la poignée chromée et usée.


PATRICK

Tes… Tes… tes… ?


Berthe montre quelque chose par terre à Patrick.


Gardant debout Berthe, d’un bout de son soulier droit, Patrick rapproche le trousseau de ses doigts.



14. INT. Logement de Berthe : Hall – NUIT


Le trois-pièces s’ouvre.


BERTHE

(à Patrick)

Casse-toi !


Se retournant, Berthe heurte, d’un tibia, une chaise.


Berthe se retrouve à l’horizontale, gémissant, refusant toute aide extérieure, énervée, plaintive, en colère.


Le regard sévère de Berthe.


BERTHE

(à Patrick)

Barre-toi ! Maintenant !


PATRICK

Mais… Je voulais juste… Enfin je… Je… Je…


Patrick rebrousse chemin, prend la direction de sa location, un étage plus bas.



15. INT. Logement de Christiana : Cuisine – JOUR


Berthe, en posture d’opposition, face à CHRISTIANA.


BERTHE

Je ne suis pas d’accord avec toi. Je te le répète, maman, je suis pas d’accord avec toi. Elle aime sa grand-mère. Si elle vient pas plus souvent te voir, en ce moment…


CHRISTIANA

En ce moment ? Depuis des années. Jamais. Elle vient jamais me voir, cette petite. Pourtant… Elle sait pas ce qu’elle perd. Je pourrais lui transmettre notre secret de famille.


BERTHE

Ton cake ?


CHRISTIANA

Le cake !


BERTHE

Oui, d’accord. S’il y a que ça pour te faire plaisir, je lui montrerai comment on démoule un cake.


CHRISTIANA

Pas un cake. Le cake !


Christiana agrippe la veste de Berthe.


Un bouton de la veste de Berthe saute.


BERTHE

Maman !


CHRISTIANA

Désolée.


Christiana envoie à Berthe un sourire, quelque peu gênée.



16. INT. Logement de Christiana : Cuisine – JOUR – PLUS TARD


Les bras chargés, Christiana revient.


CHRISTIANA

Tu es toujours là.


BERTHE

Ben oui. Pourquoi ?


CHRISTIANA

Non, rien. C’est ta fille… Non. Oublie. C’est toi qui l’éduques. Tu verras ça avec elle. Voilà pour toi.


Christiana trie des revues.


Christiana tend une des revues à Berthe.


CHRISTIANA

Spécial cake ! Tu la donneras à ta fille. Puisqu’elle vient jamais chez sa…


BERTHE

On a compris, maman.


Christiana donne à Berthe les autres revues, un paquet d’une dizaine, classés par année.


CHRISTIANA

Ça, c’est pour toi. Comme ça tu apprendras. Parce que, tu sais que je suis franche…


BERTHE

Oui, ça, on sait.


CHRISTIANA

Franchement, ton cake, la dernière fois. Ni à faire. Encore moins à refaire. À jeter. D’ailleurs, je t’ai dit que j’allais le garder. Pour le ramener à la maison. Je voulais pas te vexer devant tes invités.


BERTHE

C’était le voisin. Et je te rappelle que c’est toi qui lui avais demandé de venir goûter mon gâteau.


CHRISTIANA

Un gâteau ? Le cake !


BERTHE

Oui, maman. Le cake. Tu disais ?


CHRISTIANA

Je disais : Ton voisin… Non, ton cake. Le cake ! Il a fini à la poubelle. Mal démoulé. Tu m’as pas écouté. Tout se passe au moment du démoulage. Si tu démoules mal et ben…


BERTHE

Quoi ?


CHRISTIANA

Il finit à la poubelle. C’est tout. Pourtant pas compliqué de démouler un cake. Le cake… ! J’espère que ma petite-fille m’écoutera, elle.


BERTHE

Zoé fait des études à la faculté.


Aux côtés de Berthe, Christiana.


Le regard de Christiana s’éclairant, soudainement.


CHRISTIANA

Elle s’est trouvé un petit ami, à la faculté ?


BERTHE


CHRISTIANA

C’est bien à ça que ça sert, non ?


BERTHE

J’en sais rien, moi.


CHRISTIANA

Ou une petite amie ? Une gouinasse !… Trop dégueulasse ! Ah ! Ah ! Ah !… Non, je déconne. Il n’y a pas de gouinasse dans la famille. Dégueulasse, trop dégueulasse…


Christiana se penche vers l’épaule de Berthe.


CHRISTIANA

Ça m’aurait étonné. Comme sa mère. Une célibataire endurcie. Depuis combien de temps, maintenant ?


BERTHE

Zoé, je sais pas, je t’ai dit.


CHRISTIANA

Non. Toi ? Combien ? Combien d’années ?


BERTHE


CHRISTIANA

(continuant)

Tu manques de confiance en toi. C’est pour ça que tu te trouves pas de mec. Va falloir que tu nous travailles ça. Depuis que le père de Zoé t’a quitté, tu as changé. Tu t’es laissée aller.


Ces blessantes vérités semblent heurter Berthe, l’égratigner.


BERTHE

(sans conviction)

Je manque pas de confiance en moi.


CHRISTIANA

Si.


BERTHE

Non.


CHRISTIANA

Si. Bien sûr que si. Si, c’est sûr que si.


Un silence s’installe, interrompu par le bruit d’une mouche verte.


Une tapette écrabouille la mouche verte.


Berthe regarde Christiana qui tient la tapette.


CHRISTIANA

Va pas nous faire chier, elle. Tu disais, ma fille ?


BERTHE

C’est toi qui parlais, maman.


CHRISTIANA

Oui, je sais bien. Je disais… Ça arrive de manquer de confiance en soi. Moi, ça m’est jamais arrivé. Mais je sais que chez certaines femmes, ça peut arriver. À des moments de leurs vies. Suite à une rupture sentimentale, par exemple. On se sent… Elles se sentent comme de vilaines bêtes repoussantes. Et à force d’y croire, elles peuvent finir par réellement le devenir… Bouh !…


Berthe bondit.

Christiana rigole grassement.


CHRISTIANA

(poursuivant)

Les femmes, leurs plaintes. Leurs enfermements. Leur laisser-aller. Tout ça parce qu’elles viennent de se faire plaquer, comme de pauvres mochetés.


Peu à peu, Berthe se désintéresse de ce qui ressemble à des reproches et feuillette les magazines.


Christiana reprend Berthe.


CHRISTIANA

(mécontente)

Tu m’écoutes ?


BERTHE

Ouais, ouais.


CHRISTIANA

Parlons de ton voisin. Comment s’appelle-t-il ?


BERTHE

Patrick.


CHRISTIANA

Ça me plaît. Ça fait… Comment dire… Patrick. Ça fait artiste. C’est un artiste ?


BERTHE

Pas du tout. Il est ouvrier dans une usine.


CHRISTIANA

Ah.


BERTHE

J’ai fait de l’intérim dans cette usine. C’est rempli de cons, là-dedans. Une conserverie bruyante et qui pue. Aucun artiste, là-dedans. Je peux t’en assurer. Des idiots, en pagaille. Ça, oui. Mais rien d’autre.


CHRISTIANA

Et Patrick ? C’est un con, lui aussi ?


BERTHE

Bof.

CHRISTIANA

Il est célibataire, ce charmant Patrick ?


BERTHE

Je t’arrête, tout de suite, maman. Je vais te dire tout ce que je sais de lui. Et après, tu m’en parles plus. Compris ?



17. INT. Logement de Christiana : Salon – JOUR


La bouche de Berthe.


BERTHE

(racontant)

Patrick, je l’ai rencontré, quelques jours, après mon déménagement. Il n’a pas de femme ni d’enfants. D’après ce que j’en sais. C’est un timide. Un gentil garçon, mais timide. La communication est difficile lorsque les émotions le submergent. Qu’il se met à me parler en onomatopées.


CHRISTIANA

Oui, j’avais remarqué, ça. C’est rien. Ça lui passera. Je trouve ça plutôt attendrissant, moi. Charmant.


BERTHE

Mais il ne m’attire pas. Vraiment pas. Il manque de virilité. Tout simplement. On dirait un grand enfant. De cinquante ans. Voilà.


CHRISTIANA

Il est serviable. J’ai remarqué. Un bon point.


BERTHE

Il est serviable, d’accord. Mais, maman, je veux pas d’un toutou. D’un gentil toutou. Dans mes pattes. À mes pieds. Au début, c’est drôle, de se traîner un toutou. Au début, oui. Ensuite, c’est chiant. C’est envahissant. Pour peu qu’il me foute des poils partout chez moi, dans ma salle de bain, dans mon lit. Il faut les envoyer au toilettage, les toutous. Ça coûte. En bouffe aussi. Et c’est pas avec son ridicule salaire d’ouvrier qu’il va me mettre du beurre dans les épinards.

CHRISTIANA


BERTHE

Pas avec lui que je vais pouvoir habiter dans une superbe villa et conduire une grosse cylindrée. Il est fauché, ça se voit. Sinon, il travaillerait pas dans cette usine de ploucs. Il doit avoir des dettes. Il veut me les refiler. Il veut quoi ? Récupérer tout mon fric et se barrer avec. Comme l’autre avec sa pouf.


CHRISTIANA

On y vient. On y revient. Toujours avec toi, d’ailleurs. Le père de Zoé. Tu as décidément du mal à l’oublier. Tu crains qu’un autre homme se comporte comme lui avec toi. Tu ne peux plus le nier. Tu viens de me l’avouer. Tu t’es grillée. Mais je te comprends.



18. INT. Logement de Berthe : Couloir – JOUR


Berthe retrouve Zoé, de retour d’une semaine étudiante, confortablement installée à l’autre bout de la région.


ZOÉ

(s’agaçant)

Tu pourrais, au moins, me laisser déballer mes bagages avant de me prendre la tête. Mamie, j’irai la voir quand j’aurai le temps. Elle est jamais contente, de toute manière, celle-là. Et ses propos sur les personnes différentes. Vraiment…


BERTHE

De quoi tu parles ? Pourquoi tu parles de celles-là ?


ZOÉ

Non, pour rien. Oublie.


BERTHE

Ça lui ferait plaisir. Et ça me ferait plaisir. Une fois par mois. C’est pas grand-chose.


ZOÉ

On en rediscutera.

BERTHE

Très bien.


Berthe reste observer Zoé passer ses vêtements sales, directement, de ses valises au bac à linge.


BERTHE (PENSÉE)

Son choix de carrière tant différent du mien. Les petits boulots, la précarité, elle ne se destinait pas à connaître telles mésaventures. Une autre voie l’attirait. Elle s’y tenait. Je ne pouvais que l’encourager à la suivre. Même si, des fois, laissant l’égoïsme l’emporter sur la raison, je me tournais vers elle pour subvenir à des besoins personnels.



19. INT. Logement de Berthe : Chambre de Zoé – NUIT


Berthe interroge Zoé, assise à son bureaux, des feuilles de révision devant elle.


BERTHE

Quand est-ce qu’on… ?


ZOÉ

La chiante, merde ! Tu vois pas que je suis en train de réviser mes cours.


BERTHE

Mamie demande à te voir, ma chérie !…


ZOÉ

J’avais compris.


BERTHE

Tu m’avais promis.


ZOÉ

Hein ? Quoi ? N’importe quoi. Jamais promis ça, moi. Quand est-ce que je t’ai promis, ça ?

BERTHE


ZOÉ

Tu penseras à fermer la porte, en sortant de ma chambre.


BERTHE

Je lui dirai que tu viendras avec moi une prochaine fois.


ZOÉ

Une prochaine fois. Une prochaine fois.



20. INT. Logement de Berthe : Cuisine – NUIT


En recherche d’excuses valables, Berthe touille un sucré met orangé.


BERTHE (PENSÉE)

Que lui dire, cette fois ? Évoquer le comportement de son père, une mauvaise idée. Lui parler de mon boulot et des cons qui me harcèlent. Zoé connaît, elle dit que ça vient de moi. Autre chose… Réfléchissons. Les factures qui tombent, les traites de la bagnole, le loyer. C’est bien, ça. Je l’appelle ? Je l’attends ? J’attends qu’elle revienne d’elle-même. Il vaut mieux que j’attende qu’elle se calme. Sinon, elle sera moins réceptive. Elle m’enverra chier. Ça ne résoudra rien. On en sera au même point. Comme deux connasses. En froid.



21. INT. Logement de Berthe : Cuisine – NUIT – PLUS TARD


Berthe éteint le feu sous la casserole.


Berthe se sert l’épais liquide dans un bol portant l’inscription « La plus jolie maman ! ».


Berthe en laisse l’équivalent d’une portion.



22. INT. Logement de Berthe : Cuisine – NUIT – PLUS TARD


Berthe dîne seule.


BERTHE (PENSÉE)

Les personnes différentes ? Qu’a-t-elle voulu dire par là, ma fille ?



23. INT. Café du bourg – NUIT


Berthe se trouve dans le bar où elle passe ses vendredis soirs, face à une affiche.


Des « Beurk ! » jaillissant accompagnent Berthe.


Berthe se rapproche de l’affiche.


BERTHE

Bonichon ! Inconnu au bataillon…


Des bouches d’habituées entonnent un slogan chantant.


CLIENTES DU CAFÉ DU BOURG

Bonichon pour de… beaux nichons !


Presque Berthe semble se sentir coupable d’ignorer l’existence de ce, semble-t-il, si célèbre habilleur de corps féminins.


Les clientes présentes au comptoir, autant que celles interrompant leurs parties de fléchettes, se regroupent et poussent pour se rapprocher de l’affiche, soudain au centre des discussions.


CLIENTES DU CAFÉ DU BOURG

Bonichon pour de… beaux nichons !


Par simple curiosité, en terminant une boisson servie de la main de Mario, Berthe zieute leur excitation.


BERTHE (PENSÉE)

Cette festivité, qui jouissait d’une communication d’apparence convaincante, devait se dérouler à la fin du mois de juin. Ainsi, pour celles qui voulaient se présenter, il leur restait trois mois. Trois mois de remise en forme, ou de remise en état.


Berthe s’éloigne et reprend sa place en bout de comptoir.



24. INT. Café du bourg – NUIT – PLUS TARD


Berthe regarde Mario servir des verres et sourire, un peu trop, aux nouvelles entrantes.


Des « Beurk ! » jaillissant accompagnent Berthe.


Divine entoure Berthe de ses bras.


BERTHE

Eh !


DIVINE

Alors ? Tu vas t’inscrire ?


BERTHE

Pardon ?


Divine indique de l’index l’affiche colorée.


DIVINE

Tu vas t’inscrire au concours.


BERTHE

Ah. Ça. Je sais pas. Je pense pas. Pas pour moi, ces choses-là.


DIVINE

Ça m’aurait étonné.


Berthe fronce les sourcils, jette un regard mauvais à Divine.


BERTHE

Alors, pourquoi tu me poses la question ?


DIVINE

Pour discuter. On peut discuter avec toi ?


BERTHE

Bah oui. Mais là, non. Un concours de beauté, non.


Mario se mêle de la conversation.


MARIO

Vous parlez de quoi, les filles ?


DIVINE

(à Mario)

Du concours. Je vais m’inscrire. Et je vais gagner. Les concours, je connais. C’est comme les auditions, je maîtrise. Dans le bourg, je ne me vois aucune rivale. À moins de…


BERTHE

À moins de ?

DIVINE

À moins de truquer les votes.


BERTHE

S’il y a des votes.


Divine regarde Berthe comme une chose bizarre.


DIVINE

Si c’est un concours, il y a des votes. Il y a un jury. Ça va avec.


Mario est en train de sécher, avec un torchon rayé, de fines coupes de champagne.


MARIO

Je suis d’accord avec elle, et j’ai vraiment hâte de savoir qui va le gagner, ce concours.


DIVINE

(se désignant)

Une belle jeune femme.


Divine pose ses coudes sur le comptoir.


DIVINE

Mario, soyons sérieux qui d’autre que moi peut prétendre à gagner un concours de beauté dans ce bourg ?


Le silence de Mario devient vexant pour Berthe.


BERTHE

Et moi ? Et moi ? Pourquoi je pourrais pas le gagner ?


DIVINE

Tu en as déjà gagné un ?


BERTHE

Euh… Non.


DIVINE

Alors…


Berthe s’avoue vaincue, la première à abandonner, à peine l’événement annoncé.


Piteuse, dominée, Berthe baisse les yeux.


Berthe s’apprête à commander un nouveau verre.


MARIO

Je sortirai volontiers avec la gagnante de ce concours.


Berthe manque de tomber de son tabouret, se rattrape au vêtement d’un client.



25. INT. Logement de Berthe : Chambre de Zoé - JOUR


Zoé aux renseignements.


ZOÉ

Tu veux quoi, maman ?


BERTHE

C’est toi qui vas me le dire. Qu’est-ce que je pourrai améliorer chez moi ? Pour le gagner, ce concours. On n’en sait pas grand-chose, je te l’accorde. Mais faisons comme s’il s’agissait d’un classique concours de beauté. Sauf qu’il est réservé aux plus de vingt-cinq ans. Ce qui n’est pas à négliger. Le jury attend de juger des femmes, sur leurs qualités de femmes. Pas des connasses d’adolescentes qui se prennent pour des femmes. Je parle pas de toi.


ZOÉ

Je sais bien, maman. Je vois de quel genre de filles tu parles. Moi aussi, je les considère comme des connasses. Ce ne sont pas mes copines. Oh que non. Je ne drague pas ces filles-là…


BERTHE

Pardon ?


ZOÉ

Je les emmerde, elles. Connasses !


Remontée, Zoé.


BERTHE

Tu pourras faire ça pour moi ? Je veux être la plus belle des femmes du bourg, dans moins de trois mois. Je veux voir les mâles se prosterner, je veux les voir à mes pieds. Les lécher…

ZOÉ


BERTHE

Non, pas les lécher. On n’aime pas les toutous, chez nous. Me baiser les pieds. Telle une reine. Une reine de l’Égypte ancienne. Non ?


ZOÉ

Je sais pas, maman. Peut-être. Je suis en psychologie. Les cours d’histoire, moi.


BERTHE

On peut pas être bonne partout.


ZOÉ

Je te le confirme.


Berthe embrasse Zoé sur une joue.


BERTHE

Ma vedette !



26. INT. Logement de Berthe : Salon - JOUR


Berthe et Zoé, de profil, l’une en face de l’autre.


ZOÉ

Bon, maman, je vais te concevoir un véritable plan d’attaque. À suivre à la lettre. Si tu veux faire le casse du siècle.


BERTHE

(temporisant)

Je veux pas braquer une banque, tu me fais peur, là.


ZOÉ

Pas une banque, non. Tu vas casser la baraque. Lui en mettre plein les yeux, à ce jury. Il n’aura d’autre choix que de voter pour toi.


BERTHE

Je te suis. Ça a l’air vraiment bien, ce que tu dis.


Berthe et Zoé se rapprochent.


ZOÉ

Tu sauras te montrer disciplinée ?


BERTHE

Ah oui. Avec toi comme coache personnelle, évidemment.


Zoé change de tête.


ZOÉ

Oh ! Ben non. Ça, je pourrai pas. Moi, j’ai mes examens à préparer. Je peux juste te pondre un plan. Après, tu te débrouilles avec.


Bien que déçue, Berthe prend sur elle.


BERTHE

Tu as raison. Tes études en priorité. Le concours, on s’en fout, c’est de la merde. Concours de merde !


Berthe devient songeuse.



27. EXT. Chemin – NUIT


Mario s’éloigne du corps dénudé de Berthe.



28. INT. Logement de Berthe : Salon - JOUR


La bouche de Berthe.


BERTHE

Ouais, ben je sais pas.


Zoé prend Berthe dans ses bras.


ZOÉ

Maman, non. Tu as un objectif. Ce concours. C’est super pour toi. Tu dois t’y tenir.


BERTHE

Ouais, ben je sais plus.


ZOÉ

Mais si. Je vérifierai, une fois par semaine, si tu veux, que tu suis bien le programme.


BERTHE


ZOÉ

Je suis désolée, mais je ne peux pas faire plus. Je t’encourage à ne pas lâcher l’affaire. Pas cette fois.



29. INT. Café du bourg – NUIT


Mario occupé avec d’autres, Berthe s’assoit sur son tabouret, à sa place.


Observation de Berthe, en mode furtif, des personnes présentes.


BERTHE (PENSÉE)

Pas de Divine. Cool !


DIVINE (OFF)

Salut la compagnie !


Nez dans le verre, Berthe se courbe, afin d’éviter une embrassade de Divine.



30. INT. Café du bourg – NUIT – PLUS TARD


Divine vient voir Berthe, après une distribution de bises à large échelle.


DIVINE

Ma copine Babette !


BERTHE

(grognant)

Berthe !


Divine paraît surprise.


DIVINE

Berthe ? Tu es sûre ?


Une moue dubitative de Berthe en guise de réponse.


DIVINE

Berthe. Sans déconner ?


BERTHE

DIVINE

Sans déconner… Admettons. Moi c’est Divine. Mais ça, tu le sais. Tout le monde me connaît ici. Et ailleurs. La célébrité. Le show bizz…


Divine donne à Berthe une photographie d’elle et la lui dédicace.


BERTHE

Tu t’appelles vraiment Divine ?


DIVINE

Et oui. Ma maman m’a choisi ce joli prénom et je l’en remercie. Et toi, Berthe ? C’est un surnom ? Dis-moi que c’est un surnom.


BERTHE

Bah non. Il te plaît pas mon prénom ?


Divine paraît se retenir d’avouer à Berthe qu’elle trouve son prénom d’une laideur prononcée et qu’elle la plaint intérieurement.


DIVINE

Je croyais que tu t’appelais Babette.


BERTHE

Et ben non. C’est Berthe. Et ça le restera.


DIVINE

Tant pis pour toi.


BERTHE

Pardon ?


DIVINE

Très bien pour toi. Je veux dire : « Il te va très bien, ce prénom. Il était fait pour toi. Quand on pense à une femme prénommée Berthe, tout de suite on se l’imagine… comme toi.


BERTHE

Tu peux préciser ?


DIVINE

C’est que…


BERTHE

Tu me trouves comment ?

Berthe aperçoit Divine changer de gestuelle et se montrer moins proche d’elle.


BERTHE

On s’est mal comprises, je crois. C’est par rapport au concours de beauté. Je recueille des avis. C’est tout. Tu as cru quoi, Divine ? Tu as cru que je te draguais. Mais ça va pas, non. Je suis pas une gouinasse. Tu as cru que j’étais une gouinasse ?


DIVINE

En fait…


BERTHE

T’es sérieuse, là ? Une gouinasse. Il y a pas de gouinasse dans ma famille, je te signale.


Levant les yeux au ciel, Berthe parle au plafond.


BERTHE

Elle est sérieuse, elle ? Elle m’a prise pour une gouinasse. Non, mais on rêve, quoi ! Une gouinasse… Bordel de merde ! Une gouinasse…


Un rire monte de la gorge de Berthe et jaillit à la face de Divine.


BERTHE

(ajoutant)

Putain, une gouinasse. L’actrice, putain, tu abuses.


DIVINE

Je te connais pas. C’était possible. j’en sais rien. J’ai de très bonnes copines lesbiennes. Très sympas, ces femmes.


BERTHE

Une gouinasse, moi ? Putain de merde…



31. INT. Café du bourg – NUIT – PLUS TARD


Berthe remarque que Divine s’impatiente d’attendre que Mario serve des clients et se désintéresse d’elle.


DIVINE

(appelant Mario)

Chouchou !


Mario se retourne.


DIVINE

(s’indignant)

Tu m’avais oubliée ou quoi ?


MARIO

Tu veux rire ? Divine, on ne l’oublie pas. J’attendais que tu termines ta discussion. Tu veux boire quoi ?


DIVINE

Attends. Je vais réfléchis.


MARIO

Genre à mon tour de patienter.


DIVINE

Tu as tout compris. Quelle perspicacité !


Berthe suit le manège de Divine et de Mario.


Ça roucoule entre Divine et Mario, ça énerve Berthe.


Berthe bouillonne.


BERTHE

(interpellant Mario)

Tu tiens tes promesses ?


MARIO

Toujours.


BERTHE

Donc pour le concours…


MARIO

Ça tient toujours. Je me ferai un plaisir d’inviter la grande gagnante à sortir avec moi. Et plus si affinités. Bien entendu.


Interloquée, Berthe en reste bouche bée.



32. EXT. Champ – JOUR


Mario, en super héros, déshabille Berthe, embrasse son corps nu délicatement, tendrement, sexuellement, sauvagement.



33. INT. Café du bourg – NUIT


Berthe renverse son verre, qui se casse par terre.


L’assemblée, nommée autrement la clientèle, au grand complet, la dévisage.


DIVINE

(à Berthe)

Tu vas nettoyer ?


Mario intervient, évite que le ton monte entre Berthe et Divine.


MARIO

(criant)

Je m’en charge ! Je m’en charge ! On s’énerve pas, les filles. Mario va faire le nécessaire.


Divine ne peut s’empêcher de l’ouvrir.


DIVINE

(à Berthe)

Tu lui donnes du travail en plus.


Mario se place entre Berthe et Divine.


MARIO

Qu’est-ce que je viens de dire ?


DIVINE

(se justifiant à Mario)

Je dis ça pour toi, Chouchou !


Montent des « Beurk ! » dans l’établissement, une fois l’identité de la casseuse de verres identifiée avec certitude, et Berthe y répond de doigts d’honneur.


Les doigts d’honneur de Berthe sont cachés, comme il peut, par Mario qui s’arrête devant.

Mario si près de Berthe, presque collé à elle.


BERTHE

Tu sais, je me suis inscrite au concours…


Le visage de Berthe, avec la bouche fermée.


BERTHE (PENSÉE)

Pour le gagner et pour sortir avec toi et pour coucher avec toi…


MARIO

C’est bien.


Berthe songeuse.


BERTHE (PENSÉE)

Je devais le gagner, ce concours, et devenir la première « Miss Magnifique » de l’histoire.



34. INT. Couloir – JOUR


Suivant des panneaux indicateurs, Berthe rejoint la salle des inscriptions au concours.



35. INT. Salle des inscriptions – JOUR


Des banderoles Bonichon décorent la salle des inscriptions, autant que des stands et des incitations, assez mal déguisées, à acheter leurs produits.


Berthe, une parmi une centaine de femmes : de la rayonnante trentenaire à de la septuagénaire rafistolée avec goût, en passant par de la classique quinquagénaire.


Plus de sièges pour s’asseoir.


Marmonnant, Berthe prend un ticket lui assurant d’attendre longuement son tour.


Debout, Berthe regarde par la fenêtre la pluie tomber.


Une détonation.


Une balle explose le carreau.


Un hurlement, bref.


BERTHE (PENSÉE)

Une concurrente en moins ?

Berthe se retourne.


Touchée, une grande blonde étalée au sol, percutée, fauchée.



36. INT. Salle des inscriptions – JOUR – PLUS TARD


La grande blonde est extraite par des ambulanciers.



37. INT. Salle des inscriptions – JOUR – PLUS TARD


Berthe récupère la chaise de la grande blonde, laissée vide, durant de longues minutes, parce qu’imaginée maudite.


Les jambes croisées, Berthe doit se montrer patiente.


Berthe jette un coup d’œil aux magazines, dédiés à la mode féminine, mis à disposition des candidates sur une petite table basse imitation acajou à pieds arqués.


À proximité, deux femmes s’échangent des baisers.


Berthe détourne le regard.

BERTHE (PENSÉE)

Ce monde d’inconnus, je le foulais pour mon Super Mario. Une sortie en sa compagnie, rien qu’à deux. Lui et moi. Dans le même lit ? Sous la couette ? Pour une partie de galipettes ? Ma récompense. Mon trophée. Les autres villageoises rêvaient d’une année dans la peau de Miss Magnifique, je rêvais d’une nuit dans le lit de mon Mario. Une nuit de câlins. Une nuit d’amour.



38. INT. Logement de Berthe : Salon – JOUR


Du Rock endiablé craché dans l’appartement.


Christiana danse, saute, se défoule.


La baisse de volume entre deux morceaux permit d’entendre quelqu’un sonner.


BERTHE

Ça doit être le voisin. Ça fait partie du programme. Quand ça lui chante, Zoé, elle me fout l’autre toutou dans les pattes. Et il l’écoute. Il croit me faire plaisir. Alors, que je fais ça pour montrer à ma fille que je peux tenir mes engagements. C’est important de tenir ses engagements, n’est-ce pas ?


CHRISTIANA

Il faut. Il faut.


BERTHE

Il doit me conduire à la piscine. Faut mieux qu’on y aille avant que ça ferme. Sinon, je vais me faire engueuler par Zoé.


CHRISTIANA

Je croyais qu’elle devait réviser ses examens.


BERTHE

Moi aussi. J’aurais pas dû lui parler de ce concours. Elle va chier ses examens, à cause de moi.


CHRISTIANA

C’est ce que je me disais. Je l’appellerai…


Christiana marque un temps de réflexion.


CHRISTIANA

(ajoutant)

… si elle veut bien décrocher.


La sonnette de la porte d’entrée retentit une nouvelle fois.


CHRISTIANA

Il s’impatiente, on dirait.



39. INT. Logement de Berthe : Hall – JOUR


Berthe et Christiana accueillent Patrick.


Patrick sourit dès qu’il aperçoit Berthe.


PATRICK

Tu… tu… tu…

Christiana envoie une lourde frappe de la main droite,

dans le dos de Patrick.


PATRICK

(décoinçant)

Tu es… tu es… tu es… toujours aussi… jolie.


BERTHE

Merci Patrick.


PATRICK

Tu… tu… tu…


CHRISTIANA

Il recommence !


Par derrière, Patrick reçoit une poussette appuyée, l’amenant à moins d’un mètre de Berthe.


PATRICK

(reprenant)

Tu… tu… tu…


BERTHE

Bon. On y va ?


D’un hochement de tête, Patrick montre son accord à Berthe.


CHRISTIANA

(à Berthe)

Ça se voit qu’il t’aime bien, lui.


BERTHE

Ouais, ouais. Bon, je dois y aller, moi.


CHRISTIANA

Avec Patrick. Qui n’a pas bu.


Christiana prend Patrick par le bras, l’amène à elle.


CHRISTIANA

Ouvre la bouche, toi !


Contraint, Patrick exécute les ordres.


Christiana enfonce son nez jusqu’à la gorge de Patrick, le retire.


Christiana referme les mâchoires de Patrick.


CHRISTIANA

Tu peux conduire ma fille. Je te fais confiance. Mais attention à elle… Laisse-moi ton adresse, toi.


BERTHE

Maman, il habite dans l’immeuble. L’appartement en dessous.


Berthe tape du pied pour l’indiquer.


CHRISTIANA

Pour quelqu’un qui a perdu son permis pour conduite en état d’ivresse, je trouve que tu la ramènes un peu trop, ma fille. On écoute sa maman et on se la ferme.


BERTHE

Ouais, mon permis. Franchement, il y avait pas de quoi. Si on peut plus conduire bourrée pour rentrer chez soi. Vraiment. Mais où va le monde ? Encore un coup des élus, ça. Ils ont quelque chose contre moi. Ils m’emmerdent ! Ces grands cons !


Christiana prend Patrick contre elle.


Patrick montre de la gêne, collé ainsi à la volumineuse poitrine naturelle de Christiana, tout ce que Berthe ne possède pas, deux imposantes pastèques.


Patrick s’enfonce dedans, sa tête disparaît entre les obus mammaires de Christiana.


Une oreille dépassant de Patrick, de quoi écouter les recommandations de Christiana.


CHRISTIANA

(d’une voix forte)

Mon cher Patrick, je te confie ma fille. Je sais où tu habites. Tu as compris ?


PATRICK

Je… je… je…


BERTHE

(traduisant)

Il a compris.



40. INT. Magasin de sport – JOUR


Le froid hangar relooké compte quelques affiches du concours, placées au niveau des caisses, devant lesquelles passent Berthe et Patrick.



41. INT. Magasin de sport : Rayon maillots de bain – JOUR


Lorsque Patrick tend à Berthe un modèle de maillot de bain à ficelle, il tremblote.


BERTHE

Celui-là ? Pour la piscine ? Tu crois ?


PATRICK

C’est que je… je… je…


Berthe en prend un autre, un modèle plus habillé.


BERTHE

J’ai pas un corps de mannequin, moi.


PATRICK

Mais moi, je te… te… te…


BERTHE

Flatteur, va !


En tenant le bout de tissu préalablement choisi, Berthe s’engouffre dans une cabine.



42. INT. Magasin de sport : Cabine d’essayage – JOUR


Berthe tire l’épais rideau en tissu sombre.


Berthe enlève ses chaussures plates, son pantalon de jogging usé aux genoux et sa culotte jaunie.


Une jambe après l’autre, Berthe entre dans le maillot de bain, le remonte.


À l’avant, les poils pubiens de Berthe dépassent, de partout.


Berthe repositionne la bande de tissu, semble hésiter.



43. INT. Magasin de sport : Rayon maillots de bain – JOUR


Berthe rouvre le rideau, rhabillée.


BERTHE

Non, je vais pas le…


Une horde de jeunes femmes, des trentenaires et des quarantenaires, débarque, dévalise les rayons, vide le compartiment de tenues de bain.


Le visage de Berthe.


BERTHE (PENSÉE)

Aucun recours possible. Le vêtement que je venais d’essayer, à prendre ou se baigner, à la piscine, nue.


Berthe se tourne sur elle-même.


Avec difficultés, Berthe se laisse admirer sous tous les angles, ainsi habillée, ou dévêtue.


BERTHE

Alors ? Tu en penses quoi ?


Patrick lève ses deux pouces, par crainte de sanctions, en cas d’opposition.


Berthe se dépêche de retourner se cacher dans la cabine.



44. INT. Magasin de sport : Caisse – JOUR


Patrick paie les achats de Berthe, qui se trouvent en caisse.


Les achats de Berthe sont un joli string et son soutien-gorge assorti, ainsi qu’une serviette, une paire de lunettes de plongée sophistiquée, des palmes et une brosse à cheveux en bambou rare, un gel douche spécial peaux sensibles, le plus cher des shampooings anti-pelliculaires, un pince-nez et des bouchons d’oreille qui, contrairement à ceux utilisés à l’usine de conserves, peuvent se porter sous l’eau.



45. EXT. Parking de la piscine – JOUR


Berthe et Patrick se dirigent vers le bâtiment abritant les bassins.


BERTHE (PENSÉE)

Le laisser m’accompagner jusqu’à la piscine ? Venir m’encourager ? Jouer au coach sportif ? Si ça l’amusait.



46. INT. Piscine: Accueil – JOUR


Berthe semble apprécier que Patrick lui offre son ticket d’entrée.


Patrick gagne un bisou sur la joue.


Berthe et Patrick passent un tourniquet.



47. INT. Piscine – JOUR


En maillots de bain, Berthe et Patrick parcourent le couloir menant aux douches.


Berthe et Patrick traversent le pédiluve.


Berthe se dépêche de cacher son corps, en entrant dans le grand bassin.



48. INT. Piscine : Grand bassin – JOUR


Berthe nage.


Berthe doit se contenter de la ligne d’eau réservée aux nageurs débutants, surveillée par Patrick, sous le contrôle de Zoé, via des textos réguliers.



49. INT. Piscine : Douches – NUIT


Berthe se douche.



50. EXT / INT. Route / Simca – NUIT


Le paysage défile.


Berthe observe un groupe de chasseurs sauter les talus, en suivant un animal.



51. EXT. Route – NUIT


Du plomb troue une aile, de la voiture.


BERTHE (OFF)

Putain, les cons !



52. EXT / INT. Route / Simca – NUIT


Berthe montre la direction à suivre à Patrick, droit devant, sans se retourner.


BERTHE

Un constat à l’amiable, on oublie. Avec cette bande d’abrutis !


Patrick, prêt à s’arrêter pour demander des comptes au fautif des dégradations sur sa superbe automobile, ravale son énervement.


Désabusé, suivant les conseils de Berthe, Patrick passe la troisième vitesse, appuie sur l’accélérateur.



53. EXT. Route – NUIT


Derrière la Simca qui s’éloigne, s’aperçoivent les chasseurs mitrailler et courir à tenter d’éliminer un être du monde vivant.



54. INT. Immeuble : Étage du logement de Berthe – NUIT


Traînant des pieds dans le couloir, Patrick rentre chez lui, en compagnie de sa déception.


BERTHE

À la prochaine !



55. INT. Logement de Berthe : Salon – NUIT


Berthe retrouve Zoé.


BERTHE

Alors ? Tes examens ?

ZOÉ

Ça devrait le faire. J’aurai les résultats sans tarder. J’en ai discuté avec les profs. Et quelques copines. Normalement, c’est bon. On va quand même attendre la confirmation. Sinon, j’irai aux rattrapages.


BERTHE

C’est quand, ça ?


ZOÉ

Les rattrapages ? Ça tombe la semaine de ton concours.


BERTHE

Non ?


ZOÉ

Non.


Berthe tire la langue à Zoé.


BERTHE

Idiote !


ZOÉ


BERTHE

J’aurai besoin de toi pour les derniers préparatifs. Les plus importants, selon moi. Je ne vois pas le voisin me maquiller.


Zoé en rigole.


ZOÉ

Vaut mieux éviter, oui. Je vais regarder des tutos. Pour une mise à jour.


BERTHE

Des tutos ?


ZOÉ

Des tutoriels, maman. Faudrait te mettre à la page. Ça se passe sur le net, ces choses-là. Des cours par correspondance, gratuits généralement.



BERTHE

Là, je comprends. Et on y apprend le maquillage pour les concours de beauté ?


ZOÉ

On y apprend de tout.


BERTHE

Bon. Je te fais confiance. Ma vedette.


Sans le lui demander, Zoé soulève le haut de jogging de Berthe.


Zoé scrute la bedaine de Berthe, encore tombante.


BERTHE


ZOÉ

Il y a du mieux. Bientôt les plaques d’abdos.


BERTHE

Ça pendouille encore pas mal.


ZOÉ

Oh, ça se travaille, ça. Je trouverai bien un tuto, pour ça. Et on n’en est qu’à la phase un, je te signale.


BERTHE

La phase un ?


Berthe reste sur son interrogation.


ZOÉ

On va affiner ça, en prévision du concours.



56. INT. Logement de Berthe : Cuisine - NUIT


Berthe et Zoé dînent en tête à tête.


ZOÉ

T’es pas cool, maman. T’aurais pu m’en parler avant les autres. Je suis ta fille.


Berthe utilise sa mine dubitative afin que Zoé comprenne son incompréhension.


ZOÉ

Tout le monde, dans le bourg, est au courant, maman. Et moi ? Ta propre fille. Rien. Nada. Que dalle. Niet. Tu abuses, là. Franchement. Ça ne se fait pas. Tu as mon numéro de téléphone. Et puis… Et puis si tu n’arrives pas à me joindre, tu me laisses un message vocal ou un texto. Je les lis tous. Et j’y réponds. Tu m’en veux ?


Un haussement d’épaules de Berthe.


ZOÉ

Encore heureux que je sois passée à la boulangerie. Tu comptais me l’annoncer quand ?


BERTHE

Tu parles de quoi ? Tu parles de qui ? Du voisin ?


ZOÉ

Évidemment que je parle du voisin. De toi et du voisin, comme tout le bourg. En même temps, il fallait s’y attendre. « Pas la trique » qu’ils l’appellent, dans le bourg. Hein, maman ?


BERTHE

Ça veut pas dire que je suis devenue une gouinasse. Il me plaît pas, lui. C’est tout.



57. INT. Logement de Berthe : Chambre de Zoé – JOUR


Zoé creuse et met à découvert des vêtements correspondant à la nouvelle taille de Berthe, en provenance de dessous des piles de linge, sorte d’empilements instables constitués de hauts et de bas.


BERTHE (PENSÉE)

Avant de piocher, à nouveau, dans le porte-monnaie du voisin pour m’en payer une, d’abord regarder ce que me propose ma fille. Un moment de moins à passer en compagnie du trop gentil toutou.


Une robe sortie du lot.


ZOÉ

À essayer.

BERTHE (PENSÉE)

À jeter…


ZOÉ

Alors ?

BERTHE

Trop sexy, je trouve. Autant y aller seins nus, à ce concours.


ZOÉ

Tu es bien en maillot de bain, à la piscine.


BERTHE

Oui, c’est vrai… Mais c’est à la piscine. C’est pas pareil. C’est un peu comme à la plage. Tout le monde se balade à moitié à poil. Des filles topless, on en croise en bord de mer. Des filles en string, également. Rien de choquant. Sans parler des plages de naturistes. Là, on parle d’un concours. Et qui se déroule dans le bourg, en plus. Après ça, je veux pas qu’on me traite de… Je sais pas quoi ? De traînée. De pute. De dépravée. Qui se balade dans le bourg les nichons à l’air. Elles sont trop décolletées, tes robes. Imagine, en plein milieu du défilé… Il y aura un défilé, je pense ?


ZOÉ

Normalement, oui.


BERTHE

Bon. Ben imagine que mes seins, même un, juste un, un bout, un téton, le bout d’un téton, imagine, qu’il vienne à s’échapper de ta robe, en plein défilé. Devant les spectateurs, le jury, les photographes, tout le bourg réuni dans la salle. Imagine ça.


ZOÉ

Tu peux mettre un soutien-gorge avec. Mais bon, si on en voit les bretelles, ça fera pas terrible. Pas comme ça que tu vas devenir la première Miss Magnifique de l’histoire. Faut pas négliger les détails. Jamais. Un concours de ce genre, ça se prépare sérieusement.

BERTHE


ZOÉ

On n’est pas des amatrices, dans la famille. On est des pros. On est d’accord ?


BERTHE

Ouais, ouais. Il n’y a pas d’amatrices dans la famille… Ni de gouinasses ?…


ZOÉ

Quoi ?


BERTHE

Non, c’est maman, pour rigoler, elle dit ça.


ZOÉ

Je te montre une autre robe. Une moins décolletée. Tu vas l’adorer.


BERTHE

Montre voir.



58. INT. Logement de Berthe : Chambre de Zoé – JOUR – PLUS TARD


Zoé garde les bras tendus, en montrant le vêtement à Berthe.


ZOÉ

Je ne rentre plus dedans. Il a rétréci, on dirait.


Berthe observe sans se prononcer, laissant un suspense devenir pesant, envahir la chambre.


ZOÉ

Maman ? Je vais pas rester comme ça, toute la soirée. Je vais finir par me transformer en statue de pierre, si ça continue.



59. INT. Logement de Berthe : Chambre de Zoé – JOUR – PLUS TARD


Berthe se montre peu enthousiaste à mettre la tenue qu’elle porte lors du concours.


BERTHE

Non, ça le fait pas. Je peux pas mettre ça. M’afficher devant tout le bourg si peu vêtue. Je me sentirai pas à l’aise.


ZOÉ

(s’énervant)

Tu n’as qu’à aller chez grand-mère. Elle doit avoir de vieilles robes, qui datent de l’avant-guerre, avec ses propos d’avant-guerre… Et avec des jupons. Des corsets… Tu caches tout ça sous un épais pull en laine, que tu recouvres d’un manteau, tu te caches dessous…


BERTHE

Quand même pas. On peut trouver un intermédiaire. Une robe classe. Chic. Qui envoie du rêve. Une robe de princesse. Brillante. Étonnante. Étincelante. Magnifique. Voilà ce qu’il me faut pour le concours, une robe Magnifique pour la future… Miss Magnifique. Zoé, tu as ça ?


ZOÉ

Non.


BERTHE

Merde !


Berthe attend.


Zoé ouvre un large tiroir, en bas d’une armoire en bois.


ZOÉ

À moins que…


BERTHE

Que ?


ZOÉ

Que… je n’y pensais plus, à celle-là. Parce que ça fait des années que je l’ai pas mise. Vraiment pas sûre que tu rentres là-dedans.


BERTHE

Je la veux.


Berthe passe le vêtement.

ZOÉ

Magnifique !


BERTHE

Je sais pas. Il y a truc qui va pas, je trouve. Non, ça va pas le faire.


ZOÉ

(s’exaspérant)

Tu es chiante, là !


BERTHE

Ça se voit que c’est pas toi qui dois te présenter à un concours dans le bourg.



60. INT. Boutique Vantabi – JOUR


INGRID, la gérante du commerce, accueillant d’autres clientes, Berthe semble se sentir mise à l’écart.


BERTHE

(à Patrick)

On va repasser. Je crois qu’elle est occupée.


Patrick tourne sur lui-même.


Ingrid approche.


INGRID

On va trouver quelque chose de formidable pour vous.


BERTHE

Oui Madame.


INGRID

Ingrid. Appelle-moi Ingrid, veux-tu. Madame ?… Tu m’as prise pour une vieille ou quoi ?


BERTHE

Non Madame… Je veux dire : « Non, Madame Ingrid ».


Sans se démonter, Ingrid attrape Berthe et Patrick, de ses deux mains.


Ingrid amène Berthe et Patrick jusque devant une installation où, sur des cintres en plastique, se trouvent des tenues de soirée.

INGRID

Aux deux amoureux !


BERTHE

Non.


INGRID

Tu es bien Berthe ? La formidable Berthe ?


BERTHE

Oui. Pourquoi ?


Ingrid pointe Patrick.


INGRID

Et c’est ton voisin ? Le formidable Patrick ?


BERTHE

Oui, c’est ça. Mon voisin. Mon chauffeur, aujourd’hui, si vous voulez tout savoir. Pourquoi ?


INGRID

J’ai entendu, dans le bourg, que vous étiez en couple. C’est formidable, ça ?


BERTHE

Non.


INGRID

Vous allez si bien ensemble, pourtant. Vous feriez un couple formidable. Je trouve.


Berthe gronde, Patrick baisse les yeux.


INGRID

(s’excusant)

Désolée, je me trompais, je ne savais pas que vous et les hommes…


BERTHE

Pardon ?… Je suis pas une gouinasse, il n’y a pas gouinasse dans ma famille, ma fille n’est pas une gouinasse. Tu arrêtes ça tout de suite.


Ingrid entoure Berthe et Patrick de ses deux bras, les colle l’un contre l’autre.


INGRID

Vous êtes timides. Je le ressens, ça. Vous n’osez pas vous avouer vos sentiments. C’est trop mignon. Vous savez, j’ai connu ça, moi aussi.


Ingrid réfléchit un instant.


INGRID

(rectifiant)

Non, en fait, j’ai toujours su l’ouvrir lorsqu’il le fallait. Mon tempérament, ça. Je reviens.


Ingrid recule, rejoint des clientes qui semblent prêtes à acheter.


Berthe croche le col de Patrick.


BERTHE

C’est toi qui as été raconter ça ?


PATRICK

Je… Je… Je…


Ingrid semble croire que Berthe et Patrick s’apprêtent à s’embrasser.


INGRID

Formidable ! Formidable ! Formidable !


BERTHE

On repassera ?


Patrick lève ses deux pouces.



61. EXT. Rue – JOUR


Sur le trottoir, Ingrid rattrape Berthe.


INGRID

J’ai une tenue pour toi ! Elle est tout bonnement…


BERTHE

… formidable.


Une inquiétude se perçoit sur le visage d’Ingrid.


INGRID

Comment tu le sais ?


BERTHE

C’était écrit dans l’horoscope de ce matin.


INGRID

Non ?


BERTHE

Non.


Un rire nerveux de Patrick ravit Berthe.


BERTHE (PENSÉE)

Le concours se rapprochait. Moins d’un mois avant de devoir exposer son corps sur le podium de la salle des fêtes.



62. INT. Boutique Vantabi – JOUR


Berthe sort d’une cabine, rhabillée.


BERTHE

(à Ingrid)

Vous ne vendez pas de joggings ?


INGRID

Des joggings ? Beurk !…


BERTHE


INGRID

Oh pardon ! Désolée, j’avais complètement oublié que dans le bourg, on vous appelle… On ne vous appelle pas Berthe. Enfin, si, moi je vous appelle Berthe, je vous ai toujours appelée comme ça, Berthe. Parce que… c’est comme ça que vous vous appelez. La formidable Berthe. Je vous assure. Vous ne me croyez pas ?… Si, vous me croyez ?… C’est moi, c’est Ingrid, du magasin Vantabi. Vous me croyez, n’est-ce pas ?


Prise de panique devant une très probable perte du contenu d’un porte-monnaie d’une cliente, celui de Berthe, Ingrid tergiverse, prend un chemin de traverse, allonge son sourire, montre des rangées de dents alignées, d’une étrange blancheur.

BERTHE

Pas la peine de vous mettre dans un état pareil. On va vous acheter une robe…


INGRID

Formidable !


Berthe se laisse diriger vers un rayonnage nommé La Caverne d’Ingrid Baba.


De jolies tenues se trouvent sur place.


Berthe regarde le prix affiché sur les étiquettes.


BERTHE

Merde !

INGRID

Ils sont formidables. Les vêtements de la Caverne d’Ingrid Baba. Tu ne trouveras pas mieux ailleurs. Crois-moi.


BERTHE

Ils sont trop chers pour moi. Je suis désolée.


INGRID

On peut s’arranger.


Berthe se tourne vers Patrick.


BERTHE

On repassera ?


PATRICK

Moi je pense que tu… tu… tu…


BERTHE

C’est à moi de me décider. J’en conviens. Il reste un mois avant le concours, ça nous laisse un peu de temps pour…


INGRID

… ne pas trouver une formidable tenue pour ce formidable concours. Ils sont là. Ils n’attendent que toi, les beaux vêtements de la Caverne d’Ingrid Baba. Des modèles uniques. Vous ne serez pas deux à les porter au concours. Je te le garantis. Alors que si tu achètes tes fringues dans une grande surface… Je dis ça. Je dis rien.

Berthe regarde Patrick.


BERTHE

Bigre qu’elle a raison. J’y avais pas pensé. Ça serait vraiment con que je me pointe au concours avec une tenue déjà portée par une ou deux ou trois, quatre concurrentes. Imagine le truc. Là, j’aurai vraiment l’air d’une cruche.


INGRID

Je suis entièrement d’accord avec toi.


Patrick reste patient, attendant de connaître la décision de Berthe.


BERTHE (PENSÉE)

Il me servait. En bon valet.


Berthe s’intéresse aux friperies habillant les mannequins en plastique disposés en vitrine, juste avant que celle-ci explose d’une balle perdue.


Berthe aperçoit une personne de sa connaissance passer dans la rue.


BERTHE (PENSÉE)

Divine. Cette satanée Divine ! Elle me suit ou quoi, celle-là ? Et dans quel but ? D’évidence, sous son nez, s’emparer de la tenue gagnante.


Berthe s’avance, marche sur les morceaux de verre éparpillés sur la moquette verte façon gazon de terrain de football.


Berthe suit la silhouette élancée de Divine, sa rivale de toujours, sauter d’un magasin à l’autre, en sortant avec des sacs pleins.


Berthe sourit lorsque Divine s’éloigne.


INGRID

Ma meilleure cliente. Une personne charmante et… Formidable ! Elle est passée hier. Elle a acheté pour… combien déjà ?


BERTHE

On s’en fout !


INGRID

Mais il me reste de jolies robes pour toi. Berthe, si tu veux être aussi formidable que…


BERTHE


De nouveau, un affolement submerge Ingrid.


INGRID

… Que dis-je ? Plus formidable que cette Divine pour le concours ?


BERTHE

Ouais, ouais.

INGRID

Alors, tu sais ce qu’il te reste à faire ?


Presque convaincue, Berthe.


BERTHE

C’est quand les soldes ?


INGRID

Après le concours.


BERTHE

Ah.


Non loin de Berthe, Patrick, à attendre.


BERTHE (PENSÉE)

Lui. Docile. Un valet. Il s’y prenait toujours mal quand il cherchait à me charmer. Parfois, je trouvais ça touchant. Réconfortant, non, n’abusons pas. Attendrissant. Voilà un terme qui le caractérisait assez bien, mon voisin. À tel point que je l’employais fréquemment lorsqu’il me fallait démentir éprouver de l’amour pour lui. Je disais à ma mère, ou à ma fille, ou à d’autres villageoises, à très peu de villageois, des trucs du style : « C’est lui qui m’aime. Pas moi. Mais je le trouve attendrissant », « C’est lui qui veut me baiser. Pas moi. Mais je le trouve attendrissant », « C’est lui qui pue des pieds. Pas moi. Mais je le trouve attendrissant ».



63. INT. Boutique Vantabi – JOUR – PLUS TARD


Berthe essaye un autre article, un gant.


Ingrid bondit sur Berthe, en ne lui laissant pas le temps d’enfiler sur la main gauche le deuxième gant.


INGRID

Et ?


BERTHE

Et… non. C’est pas de saison.


INGRID

Avec une robe de soirée, une paire de gants, je n’ai qu’un mot : Formidable !


Berthe se tourne vers Patrick, qu’elle sait, de toute manière, entièrement acquis à sa cause.


BERTHE

(marmonnant)

Elle a qu’un mot, j’avais remarqué, ça, oui.


Pour montrer son approbation, plutôt qu’un long discours, Patrick rit.


Patrick lève ses pouces.



64. INT. Boutique Vantabi – JOUR – PLUS TARD


Berthe retire son bas de jogging dans une cabine.


INGRID (OFF)

Tu vas être formidable, là-dedans. Tu viens ? On attend. On va aller se baigner. L’eau est bonne. Il y a plein de beaux gosses qui n’attendent que toi. Allez Berthe ! Patrick veut te voir dans cette formidable jupe. En réduction… si tu achètes une paire de chaussettes.


Berthe sort de la cabine.


À la vendeuse, Berthe rend la jupe.


BERTHE (PENSÉE)

Trop courte, ras la touffe, pour les salopes…

La jupe dans les bras de la vendeuse.


BERTHE

C’est bon, je l’ai essayée. On repassera !


Berthe prend le bras de Patrick.


BERTHE

Cette fois, on y va.



65. EXT. Rue – JOUR


Berthe et Patrick arrivent sur le trottoir.


D’un pas rapide, Berthe et Patrick avancent, afin d’éviter un nouveau rattrapage d’Ingrid, à la volée.


Berthe et Patrick rasent les murs, sautent au sol en entendant des détonations.


Des animaux sauvages, effrayés, chassés d’un bois, débarquent dans le bourg, une horde d’hommes armés et alcoolisés, à leur trousse.


BERTHE (PENSÉE)

L’ambiance d’un western, en remplaçant les indiens par une faune éparpillée et les cowboys par d’autres cowboys, des temps modernes ceux-ci, comme les appelaient leurs familles, réparties, elles, dans les hautes sphères de l’administration communale. Ces chasseurs, des cousins du maire et de ses adjoints, eux-mêmes cousins des agents municipaux. Tous à mettre dans le même sac, le sac à cons. Là-dedans, j’y regroupais les bandes et les tribus, aussi les élus. Un sac bien rempli, en résumé.


Des voitures se rentrent dedans.


Au milieu de la chasse à courre, Berthe et Patrick cherchent un abri.



66. INT. Boutique Vantabi – JOUR


Berthe et Patrick doivent se réfugier chez Vantabi.


Ingrid accueille Berthe et Patrick.


INGRID

Vous avez changé d’avis ?


BERTHE

(temporisant)

On verra, on verra.


PATRICK

(criant)

À… À… À…


BERTHE

(traduisant)

À terre !


Tout ce qu’il existe d’êtres humains dans la boutique de vêtements chers plonge.


Des jurons s’entendent, en provenance d’un extérieur ressemblant à une scène de film de guerre.


Un à un, les poursuivis, qui sont des animaux sauvages, passent de vie à trépas, dans des mares de sang.


L’assaut continue et, entre les véhicules en circulation, les chasseurs tirent.


La chasseurs tirent, tirent, tirent dans le tas, non soucieux qu’une innocente victime ternisse leur tableau de chasse.


Dans le chaos, il reste une jeune biche, frêle, perdue, grelottant de terreur.


Abattue, la jeune biche.


Le crâne troué d’une balle de gros calibre, la jeune biche choit.

INGRID

(à Berthe)

Tu crois que c’est terminé ?


BERTHE


Depuis la boutique, Berthe, Ingrid et Patrick observent un mouvement, réflexe, d’un tendon d’une patte de la jeune biche relance les hostilités.


Un groupement de munitions broie l’endroit de la jeune biche qui ose bouger, casse l’os.


Des cris victorieux annoncent le repli de la troupe d’ivrognes armés.


Dans la boutique, Berthe se relève.


BERTHE

Je crois que c’est bon, cette fois.


INGRID

Jusqu’à la prochaine fois.


PATRICK

Je… Je… Je…


INGRID

(pestant)

À chaque fois le même bordel. J’espère qu’il me reste quelques formidables habits en état.


Depuis la boutique, Berthe, Ingrid et Patrick observent le groupe armé s’éloigner, certainement en quête d’une nouvelle famille de mammifères à décimer.


Dans la boutique, de la fringue déchirée, en pagaille, conséquence du mitraillage, mais, également parce que, cherchant un moyen de protection, des clientes s’en servirent de gilets par balle, en accumulant des couches d’étoffe entre les chasseurs et leur planque.


BERTHE

Heureusement qu’ils disent faire ça pour notre protection.


INGRID

Pour nous protéger de l’invasion, je sais. Une chose est sûre. Eux, ils ne sont pas du tout…


BERTHE

… Formidables !


INGRID

Lequel ?


BERTHE

Moi, Bambi, je l’aurais bien adopté. Ils en ont fait de la bouillie, ces pourris. Comme si Bambi était une méchante créature qui allait nous faire du mal. Vous l’avez vue, Madame ?


INGRID

Ingrid. Moi, c’est Ingrid. Et je l’ai vue comme toi. Cette formidable petite bête… Enfin, il n’en reste plus grand-chose. À tous les coups, ils vont pas nettoyer. Ils nettoient jamais après leur passage. Mes formidables clients n’aiment pas quand le trottoir est rempli de cadavres. Encore à moi de nettoyer ce souque. Parfois, je me dis que je vais employer. Parce que… même les agents municipaux, rien d’étonnant en même temps, ils se la coulent douce tout le temps ces fainéants, même ceux-là s’en contrefoutent que de la bidoche traîne sur la voie publique. Avec les mouches que ça ramène, ces cochonneries, les maladies, les infections que l’on va se choper avec ces bestioles puantes qu’ils laissent derrière eux, des charognes dégoûtantes.



67. INT. Boutique Vantabi – JOUR – PLUS TARD


Ingrid amène Berthe derrière une étagère contenant des accessoires de mode : En vrac, sacs à main, foulards, compagnons, pochettes, porte-monnaie, écharpes.


Une robe avec une broderie ressemblant assez à Bambi reste en état de vente, découvre Ingrid.


INGRID

Formidable !


Berthe se rapproche, suivie de Patrick.


INGRID

(à Berthe)

Elle est faite pour toi !…


BERTHE

Pour le concours ? Vous croyez ? Je vais pas à un goûter. J’ai quarante ans. Je veux pas vous contrarier mais… Non, ça me conviendra pas.

Ingrid absorbe le refus, sans montrer de réaction négative.


Ingrid reste stoïque, comme prête à sortir un atout de son jeu, un as caché dans sa manche.


Une ampoule scintille au-dessus des têtes de Berthe, Patrick et Ingrid.


Une idée de génie paraît venir à Ingrid.


INGRID

(hurlant)

Formidable !


Une paire de bottes apparaît.


BERTHE (PENSÉE)

Une botte secrète d’annoncée ? Deux bottes, en réalité. Une paire. En parfait état.


INGRID

Formidable !


Une ruée, hostile ruée, provoquée.


Les bottes devenues le principal atout pour gagner le concours, pour les obtenir, les clientes, en rage, ne retiennent pas leurs coups.


En se servant d’étranges techniques de combat, Berthe cherche à barrer la route.


On mord Berthe, on griffe Berthe.


Berthe tient le cap vers le trésor, le totem d’immunité, le Graal, la paire de bottes abîmées de la boutique Vantabi.


Patrick observe sans oser bouger.


Les unes sur les autres, les clientes sautent sur le précieux, la paire de bottes.


Les clientes forme un agglutinement assez navrant hormis pour Ingrid qui, de son côté, s’en félicite.



68. INT. Boutique Vantabi – JOUR – PLUS TARD


Du retirage d’ongles plantés dans la peau des bottes par les membres d’un escadron d’un GIGN des campagnes, du genre qualifié pour les extractions.



69. INT. Boutique Vantabi – JOUR – PLUS TARD


Il ne reste que des miettes, miettes invendables, de la paire de bottes, et la mine dépitée d’Ingrid.



70. EXT / INT. Route / Simca – JOUR


Patrick ramène Berthe, un peu amochée, chez elle.


PATRICK

… Je… Je… Je…


BERTHE

Des écorchures, ça. Insignifiantes.


PATRICK

… Je… Je… Je…


BERTHE

Non. C’est rien, ça. Comparé au fait que… je rentre chez moi, sans cette si… Formidable !… paire de bottes.


PATRICK



71. EXT. Route – JOUR


La Simca passe devant un gigantesque dépotoir d’ordures qui, du talus, déborde sur la chaussée.



72. EXT / INT. Route / Simca – JOUR


Berthe se bouche les naseaux.



73. EXT. Route – JOUR


La Simca contourne le dépotoir, d’un écart obligé sur la voie de gauche.


74. EXT / INT. Route / Simca – JOUR


Le visage de Berthe.


BERTHE

(pestant)

Il grossit de jour en jour ce tas de merde ! Cette puanteur va imprégner les sièges de ta bagnole. Après tu vas devoir les brûler. Comme tes fringues, d’ailleurs. Et comme les miens. On va vraiment être obligés d’aller lui en acheter, à Vantabi. Et pas que pour le concours…


PATRICK

… Je… Je… Je…


BERTHE

Non, moi, j’irai au supermarché. Ils ont de très bons joggings, là-bas. Et pourquoi je mettrai pas un jogging pour le concours ? Il en existe de très sexy. Si j’en trouve un avec de la dentelle, je mettrai ça. Une bonne idée, non ?


PATRICK

… Je… Je…


BERTHE

Faudra que j’en parle à ma mère… Non, à ma fille… Non, je leur en parle pas. C’est moi qui vais au concours. Pas elles. N’est-ce pas ?


PATRICK

Je…


Berthe regardant par la fenêtre de la Simca.


BERTHE (PENSÉE)

Patrick, un contradicteur de choix. Mauvais, le choix. Un valet. Que pouvais-je attendre de plus de lui ? Il se plaisait dans ce rôle. Pourquoi vouloir l’en changer ? Lui donner des responsabilités ? Il me conduisait.



75. EXT. Immeuble : Parking – JOUR


La Simca se gare sur une place de parking, au numéro effacé par les intempéries.


Un immeuble se dresse devant Berthe et Patrick, une construction en briques qui se tord sur elle-même, à partir de sa base, mobile.


Berthe et Patrick descendent de la voiture de collection.



76. INT. Immeuble : Étage du logement de Berthe – JOUR


Patrick continue de suivre Berthe, l’étage de son appartement passé.


BERTHE

Idiot, tu viens de passer devant chez toi et tu as complètement oublié de t’arrêter.


PATRICK

… Je… Je…


BERTHE

Je rentre seule chez moi. Tu as cru que… ?


PATRICK

… Que… que… que…


BERTHE

Ah. Tu as cru que…


PATRICK


BERTHE

Désolée, mais tu as mal cru que… Bonne nuit Patrick ! Je t’appelle pour la piscine. À mardi.



77. INT. Piscine – JOUR


Berthe nage, chronométrée par Patrick.


Divine se pointe.


BERTHE (PENSÉE)

La satanée !… Satan !… Le diable ! Divine. La démoniaque. L’emmerdeuse.


Berthe manque de couler et boit la tasse.


Perdant toute notion de synchronisation, ses bras moulinant, ses jambes s’emmêlant, Berthe s’interroge.


BERTHE (PENSÉE)

Mais qu’est-ce qu’elle fout là, cette pétasse ?


Berthe rejoint le bord du grand bassin, en poussant sur ses biceps et ses triceps.


Berthe s’assoit aux côtés de Patrick, et de deux femmes en couple.


BERTHE

T’as vu qui vient nous emmerder ?


Patrick se tourne, se retourne, se penche, d’un geste de la main demande à une nageuse de se décaler de quelques mètres.


À son tour, Patrick aperçoit Divine.


Marchant près du bassin, Divine porte un minuscule string.


BERTHE (PENSÉE)

Rasée de près, aucun poil qui dépasse. Surmonté, le bout de tissu, d’un haut offrant son imposante poitrine, siliconée. La comédienne se donnait en spectacle aux « mateurs », les allongés sur leurs transats fournis par le centre aquatique, à ne pas confondre avec les « matheux », les représentants de cette espèce en train de réciter des équations mathématiques dans le jacuzzi.


Berthe voit Divine approcher.


BERTHE

Elle vient vers nous, merde !


Berthe frappe d’un coup l’estomac de Patrick pour qu’il referme sa bouche et qu’il ravale ce long filet de bave en coulant.

BERTHE

Je ne voudrais que tu te transformes en gland baveux.


Patrick hausse les épaules d’incompréhension.


BERTHE

Je me comprends, je me comprends.


Plus Divine approche et plus Berthe la critique.


BERTHE

Ils sont faux.


BERTHE (PENSÉE)

Des seins bombés, en forme de pomme, de la taille de deux citrouilles. Massifs. Encore plus gros que ceux de ma mère. Mais indifférents aux lois de la gravité.


Berthe prend à témoin Patrick.

BERTHE

C’est pas humain, ces loches. C’est Robocop qui nous arrive. Elle va se les rouiller si elle entre dans la flotte avec eux. Ou, alors, elle va les décrocher et les déposer dans le bac, avec sa serviette et ses produits de beauté… Putain, elle est venue avec combien de trousses, elle ? Elle a vidé son armoire. Elle s’est crue où, celle-là ? On est à la piscine. Eh ! Oh ! Divine ! On est à la piscine…


Divine plonge du haut du plus haut des plongeoirs et réalise une boucle acrobatique avant son entrée dans l’eau.


Des applaudissements suivent.


Après une traversée, en apnée, équivalente à un trois quart de longueur, Divine refait surface juste devant Berthe et Patrick.


DIVINE

(saluant Berthe et Patrick)

Coucou les amis ! On vient se baigner ?


BERTHE

(à Patrick)

C’est du plastoc. Hein ?

Patrick lève ses deux pouces.


Taquine, Divine arrose Berthe et Patrick.


BERTHE

Putain la conne !


PATRICK

Mais… mais… mais…


Divine rit.



78. EXT. Parking de la piscine – JOUR


Berthe est énervée contre Patrick.


Patrick plie, se courbe.


Patrick pleurniche, piteux.


BERTHE (PENSÉE)

Ce larbin. Un valet. Il redevenait un valet. Une bonne nouvelle. Moi qui le crus changé de catégorie, à cause de cette si provocante actrice.


BERTHE

Tu recommenceras plus ?


PATRICK

Je… je… Je…


BERTHE

Je préfère entendre ça.


Patrick ressemble à une petite chose malheureuse, ramassée.


BERTHE (PENSÉE)

Une paire de gros seins, ça, je pouvais m’en payer une. Là ne résidait pas l’objet de mes envies. Il s’agissait de tout le reste qui constituait Divine, son être, sa personnalité, sa prestance, son charisme, sa confiance en elle. Sa confiance en elle ? Et si ma mère disait vrai. Ce que je devais développer en priorité, s’il s’agissait de cela. Mais comment y parvenir ?


Berthe regarde un Patrick éparpillé.

BERTHE

Des conneries de ma mère, ça.


Patrick ne contredit pas Berthe.


BERTHE

(ajoutant)

Des conneries, elle en raconte beaucoup, quand elle en fait pas. La confiance en soi, tu parles. C’est inné, ce truc-là. On l’a ou on l’a pas. Et puis c’est tout. On va pas en faire tout un fromage. Il y a des choses plus importantes dans la vie. N’est-ce pas ?


Patrick lève les yeux vers Berthe, donnant l’impression de vouloir placer un mot, ou une syllabe, juste une.


BERTHE

(rabrouant)

Je t’ai pas causé, toi. Après ce que tu m’as fait, il manquerait plus que je daigne encore t’adresser la parole. Non, mais tu croyais quoi ? Vraiment, il y a des fois où je me dis, Patrick, il y a quelque chose, chez toi, qui ne tourne pas rond.


PATRICK

Je… Je… Je… comprends.


Patrick reprend sa posture de soumission, recourbé, ses mains l’une contre l’autre en priant que Berthe accepte de lui pardonner, un jour, ses offenses, sa déviance, son attirance pour cette superbe créature, au corps si parfaitement sculpté, venue se joindre à eux en ce lieu de baignade, une divinité.



79. INT. Café du bourg – NUIT


Accoudée au comptoir, Berthe scrute l’entrée du café du bourg.


Des « Beurk ! » jaillissant accompagnent Berthe.


ROSE intervenant.


ROSE

(à Berthe)

Vous buvez quelque chose ?


BERTHE

J’ai déjà, mais oui.


Cul sec, Berthe termine son verre.


ROSE

(désignant Mario)

Il s’appelle comment ?


Berthe devient méfiante.


BERTHE

Tu lui veux quoi ?


ROSE

C’est pour commander.


BERTHE

Laisse, je m’en charge. Il me connaît.


Berthe s’accoude au comptoir.


BERTHE

(criant)

Mario !


Répondant à sa sollicitation, Mario se présente.


MARIO

(proposant à Berthe)

La même chose ?


BERTHE

Oui et c’est elle qui paie.


Berthe dresse son index à ongle rongé en direction de Rose.


MARIO

(à Berthe)

C’est ta petite amie ?


BERTHE

(s’offusquant)

Mais non. Je suis pas une gouinasse ! Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? Tu pensais que j’étais une gouinasse ?


MARIO

Je sais pas. On sait jamais. Peut-être. Je suis pas dans ton lit.

BERTHE (PENSÉE)

Ça, je le regrettais.


Berthe, rêveuse.



80. INT. Logement de Berthe : Chambre de Berthe – JOUR


Sous la couette, Marion en train de sauter Berthe.


BERTHE

Saute-moi ! Saute-moi ! Saute-moi !…



81. INT. Café du bourg – NUIT


Mario intervient.


MARIO

La rondelle ?


BERTHE

La rondelle, si tu veux, aussi. Tout ce que tu veux. Oh oui ! Oh oui ! Oh oui ! C’est trop bon.


Lorsqu’elle en arrive à aspirer la mousse, Berthe finit par s’intéresser à Rose, celle qui lui offre la boisson.


ROSE

Rose. Je suis coiffeuse. Zoé, c’est bien votre fille ?


BERTHE

Oui. Pourquoi ? Tu lui veux quoi ?


ROSE

Je travaille au salon de coiffure Laxa’tif. C’est celui qui se trouve entre la banque et le café de la place.


BERTHE

Je vais jamais dans ce bar. Je viens ici, moi. Il y a que des cons, là-bas. Et puis, il n’y a pas…


À cette curieuse, Berthe se retient d’avouer les sentiments éprouvés pour Mario.


ROSE

(étonnée)

C’est votre mec, lui ?


BERTHE

Ça n’est pas tes oignons.


ROSE

Il veut pas. Désolée pour vous.


Berthe croche dans Rose.


BERTHE

(menaçante)

T’avise pas à me le piquer ! Il est à moi. À moi !


ROSE

Excusez-moi, mais on dirait pas. Vraiment pas.


BERTHE (PENSÉE)

La coiffeuse continuait de la ramener, quel toupet !


Touchée dans son estime, Berthe brandit son verre vide, prête à l’exploser sur la face de Rose.


Des « Beurk ! » jaillissant accompagnent Berthe.


BERTHE

Pétasse…


Mario calme Berthe.


MARIO

Tu allais faire quoi, Berthe ?


BERTHE

Moi ? Rien. Tu me connais. Je plaisante. Avec les nouvelles clientes. Faudrait pas les faire fuir.


MARIO

C’est un établissement où le respect est demandé. À toi comme aux autres.


Berthe semble prendre mal la remarque.


BERTHE (PENSÉE)

Tout ça à cause de la connasse de coiffeuse.


Berthe lance un regard mauvais en direction de Rose.


BERTHE

On n’est pas copines. Tu peux garder tes distances, s’il te plaît. Pourquoi tu viens m’emmerder ? J’ai besoin d’une coiffure, moi ?


Berthe montre des mèches bicolores à Rose.


BERTHE

(ajoutant)

Je peux me les faire, mes teintures, si je veux.


ROSE


BERTHE

Je me les achète au supermarché, mes teintures. C’est moins cher que dans vos salons qui puent le détergent. Pour un meilleur résultat.


ROSE

Zoé ne s’était pas trompée. Elle avait prévu votre réaction : Hermétique aux changements.


BERTHE

De quoi tu me parles, toi ? Je vais à la piscine.


ROSE

C’est un bon début, oui… Zoé m’a dit de vous parlez de la phase deux, s’il arrivait, à tout hasard que l’on se croise dans le bourg. D’habitude, je vais au café de la place. Mais, vu qu’on en avait un peu discuté, je me suis dit que j’allais venir faire un petit tour ici.


BERTHE

Tu la connais d’où ma fille ? C’est pas une gouinasse, ma fille ? Et toi ?



82. INT. Logement de Berthe : Chambre de Zoé – JOUR


Un accouplement entre Rose et Zoé.


La bouche de Berthe.


BERTHE

Trop dégueu !



83. INT. Café du bourg – NUIT


Berthe montre le poing à Rose.


Des « Beurk ! » jaillissant accompagnent Berthe.


BERTHE

T’avise plus de l’approcher ! Sinon tu auras affaire à moi.


ROSE

Qui ça ? Le serveur ou votre fille ?


BERTHE

C’est pas un serveur… un simple serveur, c’est le patron du bar. Mario, c’est le patron. Compris ?


ROSE

Oui, mais donc ? Qui est-ce que je ne dois plus approcher ? Votre fille ou le patron ?


BERTHE

Les deux !… Ou sinon, ton salon… Tu sais ce que je vais en faire ? Si tu refuses de m’écouter… Je vais te le rendre impropre à l’accueil de clientèle. Tu vois ce qu’il se passe lorsque la bande de chasseurs ivrognes organisent une battue. À la différence près, c’est que, moi, je pense également me charger de ta personne. Te péter les guibolles, à coups de fers à lisser. Une entreprise laborieuse, mais dans sa capacité, je t’assure. Compris ?


Rose recule son tabouret et arrive presque sur le pas de tir du jeu de fléchettes.


JOUEURS DE FLÉCHETTES

Pouvez, s’il vous plaît, reprendre votre place au comptoir.

Ballottée, Rose.


Moqueuse, Berthe en rigole.



84. INT. Café du bourg – NUIT – PLUS TARD


Berthe reste regarder la porte d’entrée, en sirotant une boisson.


Des « Beurk ! » jaillissant accompagnent Berthe.


BERTHE (PENSÉE)

Toujours pas de Divine. Finalement, une bonne soirée. Si mon beau Mario décidait de se décrocher de cette grappe de vulgaires bonnes femmes. Mais qu’est-ce qu’il branlait, lui ? Un fonds de commerce à rentabiliser, des crédits à rembourser.


Berthe observe Rose, aussi seule qu’elle, dans un coin opposé du bar, se dépêcher de terminer sa consommation, l’ambiance semblant lui déplaire, puis déguerpir.



85. EXT. Rue devant café du bourg – NUIT


Berthe face à Rose.


BERTHE

(freinant Rose)

J’ai su, t’emballe pas. C’est pour ma fille que je fais ça.


ROSE

Vous avez su quoi ? Si je peux me permettre.


BERTHE

Ton penchant pour les femmes. Je respecte. Tant que tu me touches pas, ça ira.


ROSE

Parce que je suis lesbienne, d’accord. Une gouinasse, comme vous disiez.


BERTHE

J’ai dit ça ? Bizarre. Je devais être bourrée. Je m’en souviens plus. C’était quand ?


ROSE

Ça n’est pas bien grave. On en entend lorsqu’on est lesbienne. On ne s’y habitue pas, on fait avec.


BERTHE

Je m’en rappelle plus. J’espère que… Bon, on s’en fout, des conneries. J’étais bourrée. On va pas y passer la soirée ? Je te paie un coup ? À boire, à boire…


Rose sourit à Berthe.


ROSE

J’avais compris. Vous c’est Mario, votre genre.


Là, Berthe réalise que Rose en sait aussi des choses sur elle, et lui, son Mario.


BERTHE

Bon on y va, boire ce verre, ou on s’enc… ?… Ou on s’embrasse… Non, plus… Décidément, on peut pas blaguer avec vous, les lesbiennes. Je crois que mes blagues de… avec toi, on va les mettre de côté. On va se le mettre… Bon. Ben. C’est pas tout ça, mais moi, j’irai bien faire un tour au café du bourg. Tu m’accompagnes ?


En prolongement du questionnement, Berthe songeant.


BERTHE (PENSÉE)

… Comme ça, je pourrai dire à ma fille que j’ai payé un verre à une gouinasse. Ça lui clouera le bec. Je les aime bien, moi, les gouinasses. Lorsqu’elles me tripotent pas les fesses. Perverses !



86. INT. Café du bourg – NUIT


Berthe et Rose se rapprochent du comptoir, de son bout réservé.


Des « Beurk ! » jaillissant accompagnent Berthe.


BERTHE

(prévenant Rose)

À la première main au cul… je te cause plus.

ROSE

Je devrais pouvoir résister à cette si grande tentation.



87. INT. Café du bourg – NUIT – PLUS TARD


Berthe en train de rigoler aux blagues savoureuses de Rose.


BERTHE (PENSÉE)

Cette coiffeuse, cette homosexuelle, cette race à part, je la trouvais sympathique, amusante, charmante. Charmante ?… Usant de ses charmes pour m’attirer dans son pieu ?


Berthe recule.


BERTHE (PENSÉE)

Me draguait-elle ? Dans mon bar.


Les regards d’interrogation, Berthe commence à les ressentir.


BERTHE (PENSÉE)

La clientèle devenait pressante de nous voir nous galocher, nos langues se rencontrer, s’enrouler.


Berthe recule.


BERTHE (PENSÉE)

Je devais mettre fin à ça, à cette improbable attente. Mais elle, la lesbienne, elle persistait dans sa drague, outrancière. Sexuellement répréhensible.


ROSE

Quelque chose qui ne va pas ?


BERTHE (PENSÉE)

Il me fallait couper la mauvaise herbe, la rumeur, à la racine. Ne rien laisser susceptible de se propager dans le bourg et ses horizons, indiquant que je venais de prendre mon ticket d’entrée pour le monde des gouinasses, ces obsédées !


De la déconvenue de Berthe, Mario en joue.


Aux clients, aux entrants dans le bar, à Divine, Mario parle de Berthe et de Rose, en tant que nouveau couple.


MARIO

Berthe et Rose, qui l’eût cru ?


Mario, de gestes, encourage Berthe et Rose à une embrassade, mieux un gros baiser dégoulinant d’amour.


De son tabouret, Berthe se lève, regarde Rose dans les yeux.


BERTHE

Tu vas arrêter ça ! Tout de suite… Je suis pas une gouinasse !


Les doigts bien écartés, Berthe ouvre la main droite.


BERTHE

Tu la vois ? Celle-là. Si tu continues, tu vas te la prendre dans ta sale gueule de gouinasse !


Rose se ferme, comme déçue par cette attitude hostile, bien que, elle s’en aperçoit, régie sous influence.


BERTHE

Il n’y a pas de gouinasse dans ma famille !


Berthe montre un pied à Rose, qu’elle élève en manquant de se retrouver sur les fesses.


BERTHE

Et celui-là ? Tu le vois, celui-là ?



88. INT. Logement de Berthe : Salon – JOUR


Zoé aux nouvelles.


ZOÉ

Et donc ?


BERTHE

J’en sais rien, moi. Elle a dû retourner avec ses lesbiennes.


ZOÉ

Lesquelles ?


BERTHE

J’en sais rien, moi. Son troupeau, quoi. Maintenant, à toi de me répondre. Pourquoi l’as-tu choisie, elle ? Il y a d’autres coiffeuses, même dans le bourg ?


ZOÉ

C’est la meilleure coiffeuse du coin.


BERTHE

La gouinasse qui cherche à mettre la pagaille au sein de notre cellule familiale ?


ZOÉ

(déplorant)

Tu n’as pas changé.


BERTHE

Si. Quand même. La balance le prouve.


ZOÉ

Physiquement, d’accord. Mais pour le reste. Il nous reste du travail. Dans combien de jours, le concours ?


Berthe consulte sa montre.


BERTHE

Quelques semaines. On sera au top. N’est-ce pas ?


Zoé donne un numéro de téléphone à Berthe.


ZOÉ

Tu vas l’appeler !


BERTHE

Qui ?


ZOÉ

À ton avis ?


Afin de marquer son ignorance, Berthe lâche un prout de bouche.


ZOÉ

Ça commence par un R.


BERTHE

Tant que c’est pas l’autre gouinasse, j’appelle qui tu veux.

Zoé semble découragée.


ZOÉ

On va pas y arriver.


Berthe sort son mobile, prête au pianotage de clavier.


BERTHE

Alors ? C’est qui ?


ZOÉ

Non, laisse tomber !


BERTHE

Bon. Comme tu voudras.


ZOÉ

(constatant)

Je crois que c’est encore un peu tôt pour enclencher la phase deux.


BERTHE

Je suis motivée pour le concours, mais pas avec n’importe qui. Faut pas déconner, non plus.


ZOÉ


BERTHE

Tu veux que je l’appelle pour prendre un rendez-vous ? Admettons. Sauf que…


ZOÉ

Quoi ?


BERTHE

Je t’ai pas tout raconté de ma soirée d’hier soir.


ZOÉ

Dis-moi.



89. INT. Logement de Berthe : Salon – JOUR


Peu fière, Berthe.


ZOÉ

Et tu n’as pas honte, maman ?


BERTHE


ZOÉ

J’aurais honte à ta place. Traiter les gens de la sorte. Tu vas appeler Rose, tout de suite, et commencer par t’excuser.


BERTHE

On m’a poussée, aussi. Tu les aurais vus, dans le bar. C’est pas de ma faute. C’est les autres. Ils m’ont forcée. C’est eux !


Zoé culpabilise, étonnamment plus que Berthe.


ZOÉ

Si j’avais su, merde !… Franchement, maman, faut que tu arrêtes de traîner dans ce bar.


Berthe songeuse.


BERTHE (PENSÉE)

Et renoncer à mon Super Mario ? Ça, ma petite, jamais !


Berthe regarde Zoé.


BERTHE

On verra, on verra.


Zoé pose ses mains sur ses hanches.


ZOÉ

Bon, maman, tu lui téléphones ? J’ai pas que ça à foutre, moi.


BERTHE

Pas la peine de t’énerver. Est-ce que je m’énerve, moi ?


Cette manière de chercher à repousser l’échéance paraît exaspérer Zoé, le remarque Berthe.


BERTHE

C’est bon, on se calme !


ZOÉ


BERTHE

Y’a pas le feu au lac !

ZOÉ


BERTHE

Je fais, je fais !


Freinée par ses angoisses, Berthe.


BERTHE

Tu es bien certaine, Zoé ?


ZOÉ

De ?


BERTHE

Tu ne connais pas une autre coiffeuse ?


ZOÉ

C’est la meilleure. C’est elle qu’il nous faut. Tu tapes son numéro !


À basse vitesse, Berthe compose.


Berthe double une frappe.


BERTHE

Oups !


Berthe retape le numéro de téléphone de zéro.


Berthe attrape l’épaule de Zoé, qui se dérobe.


BERTHE

Je fais ça pour toi.


Des sonneries s’entendent.


ROSE

Allô ?


BERTHE


ROSE

Allô ?


BERTHE


ROSE

Allô ?

BERTHE


ROSE

C’est une blague ? Qui êtes-vous ? Parlez-moi…


Berthe se ramasse un précis coup de coude dans le flanc droit.


BERTHE

(mâchonné, digéré, recraché en serrant les dents)

Bonjour…


ROSE

Vous cherchez à imiter un animal ? C’est pour un jeu ? Attendez, je crois que j’ai compris. Ils font un truc comme ça, dans un film… Comment qu’il s’appelle, déjà, celui-là… Ah oui. C’est la Fripouille ?


BERTHE

Non, ça n’est pas la Fripouille. C’est Berthe.


ROSE


BERTHE


Je voulais prendre un rendez-vous. C’est pour une coiffure. Je suis pas une gouinasse !…


ROSE


BERTHE

(à Zoé)

Elle a raccroché. Tu vois, on peut rien en tirer. J’ai essayé. Je t’ai écoutée. J’ai fait tout ce que tu m’as dit. Elle veut pas, elle veut pas… Pas la peine d’insister. On perd notre temps avec elle. Moi, les gouinasses, je les comprendrai jamais. C’est comme ça. J’y peux rien. Elles sont si différentes.


ZOÉ

(pensant à voix haute)

Et dire que je vais devoir annoncer à ma mère que je suis en couple avec Rose.


BERTHE (PENSÉE)

Cette blague douteuse…


90. INT. Café du bourg – NUIT


Mario sert sa boisson à bulles habituelle à Berthe.


MARIO

Dans deux semaines, on va savoir.


DIVINE

(complétant)

On va savoir que je suis la première Miss Magnifique de l’histoire.


Berthe ronchonnant, dans son coin.


BERTHE (PENSÉE)

Bien que les missions d’intérim se raréfiaient ces temps-ci, je restais focalisée sur le concours. J’arrivais à embobiner pour décaler les paiements de loyers. Gagner un rencard avec mon beau Mario me semblait d’une autre difficulté. Divine y voyait une formalité, tant elle se disait rodée à l’exercice. Et ce, dès sa connaissance de l’organisation de l’événement. Depuis, son discours inchangé. Contrairement à l’actrice, j’oscillais. Un jour, je me pensais possible, voire probable victorieuse. Un autre, je voulais tout plaquer, trouvais toutes les femmes du bourg plus jolies que moi, plus intelligentes, tout simplement plus gagnantes que moi.


Berthe rumine.


Des « Beurk ! » jaillissant accompagnent Berthe.


Divine, elle, démontre un entrain incroyable, un dynamisme enviable.


Divine porte sa traîne de glands baveux, auxquels se greffent quelques valets, deux matheux curieux et une équipe de footballeurs douchés.

Mario, l’attraction de Divine semble le mettre à mal, et il passe de l’autre côté du comptoir pour la servir à table.


BERTHE (PENSÉE)

Une faveur accordée à peu. En plus, elle ne lui commandait qu’un verre à la fois. Elle abusait de lui.


Berthe se rapproche de Mario.


BERTHE

Je voulais savoir un truc…


MARIO

Je t’écoute, Berthe ?


BERTHE

C’est à propos du concours. Ça approche.


MARIO

Oui, Berthe, on peut le dire. J’ai vraiment hâte de savoir qui va le gagner, ce concours. La première Miss Magnifique de l’histoire, toi peut-être ?


Mario se met à rire.


MARIO

(continuant)

Non, ça n’est possible. Tu ne t’es pas inscrite.


BERTHE

(s’opposant dans une démonstration de fureur)

Mais si ! Je te l’ai dit que je m’étais inscrite. Et je vais le gagner, ce putain de concours. Et tu vas me sauter ! Comme tu me l’as promis ! Si je gagne, tu me…


Berthe descend d’un ton.


BERTHE

(devenant plus romantique)

… tu me feras l’amour, mon chéri.


Subjugué, Mario sonne la cloche de fin de soirée.



91. INT. Logement de Christiana : Cuisine – JOUR


Berthe hésite à prendre un part de cake.


BERTHE

Le concours est proche de son dénouement.


CHRISTIANA

Si tu veux mon avis, Berthe, la seule solution qui s’offre à toi, c’est la chirurgie esthétique. Ta fille et son programme, ça vaut rien. Il faut du radical. Tu te charges en prothèses et tu gagnes. Quand je travaillais au cabinet, j’en ai vu passer des mochetés. Avant. Mais après, on les sifflait dans la rue. Il me reste quelques adresses, je t’en filerai, si tu veux.


BERTHE

Je crois qu’il faut se contenter de ce que l’on a.


CHRISTIANA

C’est ta fille qui te rentre des conneries pareilles dans le crâne ? On dirait une bonne sœur qui parle. On est au vingt-et-unième siècle. On est plus au moyen-âge. De nos jours, tout s’achète. Des fesses musclées, des seins bombés.


BERTHE

Ouais, ouais, je sais.


CHRISTIANA

Il est bon, mon cake. Le cake !… Savoureux, moelleux. Bien démoulé.


BERTHE

Bon d’accord.


Berthe pousse son assiette vers le cake.


Christiana remplit l’assiette d’une gigantesque tranche de cake, correspondant aux deux tiers de la pâtisserie.


CHRISTIANA

Mange donc. Va pas t’affamer, Berthe. C’est pas jolie une femme maigrelette.


BERTHE

CHRISTIANA

Les côtes apparentes. Un squelette… Les hommes, ils aiment les formes. Les rondeurs. La générosité. La douceur. L’affection. Ils veulent pas baiser avec un tronc. Sec.


BERTHE

Ouais, ouais.


CHRISTIANA

Crois-en mon expérience. N’oublie pas que je suis ta mère, mais que je suis aussi une femme. Qui plaisaient beaucoup à ton âge. Des années de succès. Si ton père savait.


BERTHE

Là où il est, il en saura pas grand-chose.


Berthe et Christiana dirigent leurs regards vers une urne funéraire disposée en haut d’une étagère, entre des bibelots bon marché et des cadeaux de fêtes des mères : d’autres bibelots bon marché, en forme de grenouille, ceux-là.


CHRISTIANA

Il faisait pareil.


BERTHE

Ouais, ouais.


CHRISTIANA

Si. Je le sais. Pendant que travaillais au cabinet, que j’aidais à redresser des nez à coups de pioches et de marteaux, il faisait quoi, monsieur ?


BERTHE



92. INT. Logement de Christiana : Couloir – JOUR


Berthe et Christiana de profil.


CHRISTIANA

Tu les veux, mes adresses ?


BERTHE

Non, j’en ferai rien, je vais suivre le « plan d’attaque » concocté par Zoé.

CHRISTIANA


BERTHE

Bientôt la phase deux. Elle est confiante dans mes chances de réussite. Elle m’encourage, elle.


CHRISTIANA

Mais, moi aussi, je t’encourage. Je serai fière de pouvoir dire à tout le bourg que ma fille est Miss Pathétique !…


BERTHE

(rectifiant)

Magnifique !


CHRISTIANA

Pathétique, Magnifique. Une Miss, quoi.



93. INT. Logement de Christiana : Salon – JOUR


Berthe et Christiana en face l’une de l’autre.


BERTHE

La première Miss Magnifique de l’histoire, tu te rends compte, maman. Le concours est organisé par la marque de lingerie Bonichon, tu connais ?


CHRISTIANA

Bonichon pour de… beaux nichons !


BERTHE

Tu connais.



94. INT. Logement de Christiana : Cuisine – JOUR


Berthe grignote du cake.


Christiana scrute Berthe retirer tout ce qu’elle peut trouver de gras ou de sucré dans la friandise, la portion s’en réduisant d’autant.


CHRISTIANA

Ma fille, une souris.


Avec les mains, Berthe émiette.


CHRISTIANA

T’as plus de dents ou quoi ?


BERTHE

Si, mais… C’est Zoé. Elle fait que me gronder. En plus de faire du sport, elle m’interdit les sucreries avant le concours. Le pire c’est que, elle, elle s’en prive pas. Loin de là. Tu la verrai…


CHRISTIANA

J’aimerai bien, oui. La voir. La revoir. La dernière fois, c’était quand ? Ça remonte. Elle portait encore des couches-culottes, je crois.


BERTHE

N’importe quoi !


CHRISTIANA

Pas loin. Je t’assure. Même quand je passe chez toi, elle est jamais là.


BERTHE

Faudrait que je lui en parle… Elle est vacances maintenant. Je vais lui téléphoner.



95. INT. Logement de Christiana : Cuisine – JOUR – PLUS TARD


Berthe passe un coup de fil à Zoé.


BERTHE

Ton adorable mamy trouve son plan dit « d’attaque » merdique et elle t’attend de pied ferme si tu veux le défendre, face à des arguments solides en faveur de poses de blocs de liquide chimique à l’intérieur de mon corps de femme.


Berthe baisse son téléphone portable et regarde Christiana.


BERTHE

Elle va passer.


CHRISTIANA

Tu vois quand tu veux… Il reste du cake. Elle a de la chance.


BERTHE

Du cake. Le cake !


CHRISTIANA

Le cake !


En attendant Zoé, Berthe aide Christiana dans son ménage.


BERTHE (PENSÉE)

De folles rumeurs qui circulaient au sujet du concours Bonichon. Ma mère rigolait de ce que les commères en disaient : Des racontars affirmant que les concurrentes devraient défiler dans le plus simple appareil, parées d’une irréprochable épilation intégrale. Sinon, on pouvait entendre, en écoutant aux portes, que la gagnante, suite au vote partial des membres du jury, ne pourrait obtenir son écharpe de Miss Magnifique qu’après un passage dans l’écurie du nouveau maire, là où il s’y passait des choses, quelles choses ?


Des coups de feu lointains rappellent l’ouverture de la chasse à courre pour cette journée, alors que des planches cloutées sur des fenêtres ou colmatant des brèches indiquent la situation peu enviable de l’habitation.


CHRISTIANA

Elle va pas venir ?


BERTHE

Je pense que si.


CHRISTIANA

T’en sais rien, Berthe. Sois franche au moins une fois dans ta vie. Elle va pas venir, Zoé ? Qu’est-ce qu’elle me reproche. Tous les Noëls, à tous ses anniversaires, je lui poste un joli cadeau. Je lui souhaite ses fêtes. Tu lui racontes quoi, sur moi, à ma petite-fille adorée ?


BERTHE

Rien.

CHRISTIANA

Ah d’accord. Je comprends mieux. Tu fais comme si je n’existais pas. Pour elle, c’est comme-ci elle avait pas de grand-mère. Et tu lui dit quoi, pour mes cadeaux ? Qu’ils viennent de toi ? Tu n’oserais pas ?


BERTHE


CHRISTIANA

Pourquoi tu dis rien ? Non, j’hallucine. Tu as fais ça, Berthe ?


BERTHE

Je dis rien parce que tu débloques, maman. Tu as pris tes pilules ?


CHRISTIANA

Je prends pas de pilules. Tu veux me tuer. Ma propre fille veut ma mort. Non, j’y crois pas.



96. INT. Logement de Christiana : Couloir – JOUR


Suite de la discussion, entre Berthe et Christiana, qui dérive, avec Zoé toujours en son centre.


CHRISTIANA

Elle est lesbienne, ma petite-fille ? C’est une plaisanterie ?


Berthe toussote de gêne.


BERTHE

Non, t’inquiète, maman, il n’y a pas de gouinasse dans la famille ?


CHRISTIANA

Sinon, faudra la faire soigner. Il existe des traitements contre cette maladie. J’espère que tu me l’as pas rendu gouinasse, ma petite fille adorée.


Le visage de Berthe.


BERTHE (PENSÉE)

Pour ma mère, quoi qu’on en dise, un couple se réduisait à une femme plus un homme et une famille à deux parents de sexes opposés en mesure d’éduquer des enfants. Sans comprendre les origines de cette répulsion de toute forme d’homosexualité, voulant éviter le conflit familial, je suivais son point de vue, bercée depuis toujours, par des propos qualifiés par certains de conservateurs, de réducteurs, de diviseurs. De l’intolérance assumée, dixit Zoé.


CHRISTIANA

Elle arrive quand ma petite-fille ?


BERTHE

Elle va pas tarder, je pense.


CHRISTIANA

Elle viendra pas.


BERTHE

Elle tient parole, elle viendra. Elle est en faculté de psychologie. Elle va passer en deuxième année. Elle vient d’avoir ses résultats. Avant-hier.


CHRISTIANA

J’aurais préféré que ce soit elle qui m’annonce cette bonne nouvelle.


Berthe rappelle Zoé.



97. INT. Logement de Christiana : Hall – NUIT


Christiana embrasse Zoé en la serrant contre sa poitrine.


CHRISTIANA

Depuis le temps.


Prise de court, Zoé se retrouve sans argument.


BERTHE

Ses études. Elle est très prise par ses études. Mais elle est là, maintenant. Elle va pouvoir goûter de ton merveilleux cake. Le cake !


98. INT. Logement de Christiana : Cuisine – NUIT


Zoé est amenée jusqu’à un restant de part.


CHRISTIANA

Tien, Zoé, pour faire plaisir à ta grand-mère. Cuisiné avec…


Zoé regroupe, d’une main l’émiettement, le roule en boule, le dévore d’une bouchée.


Zoé mastique, semble apprécier.


ZOÉ

Congratulations à la pâtissière.


CHRISTIANA

Je t’apprendrai à démouler un cake. Un cake, que dis-je… Le cake !


BERTHE

(intervenant en rigolant)

Le formidable cake ! Il est formidable ! Formidable!…


Berthe marque un temps d’arrêt.


BERTHE

On peut parler du concours ?



99. INT. Logement de Christiana : Cuisine – NUIT – PLUS TARD


Berthe se retrouve entre Zoé et Christiana.


BERTHE (PENSÉE)

Le sport et ses efforts confrontés aux services payants d’habiles coups de bistouri et de placements de prothèses. Le compte à rebours lancé, je devais, pourtant, choisir. Et vite. Et bien.


CHRISTIANA

Une garantie de résultats, malgré le court laps de temps dont nous disposons.


ZOÉ

Les semaines passées à suivre mon programme tendent en ma faveur.


Berthe en tant que juge et témoin, en tant que sujet à remodeler.


CHRISTIANA

Tant à revoir, tout à revoir.


ZOÉ

De légères retouches en prévision.


Zoé commence à soulever le t-shirt de Berthe pour montrer à l’opposition la quasi-disparition de son bidon.


Berthe retient Zoé.


BERTHE

Je suis pas un bout de bidoche !


ZOÉ

J’ai pas dit ça. Je veux juste que…


BERTHE

Non, on va rentrer. J’en ai assez entendu pour aujourd’hui.


CHRISTIANA

(s’énervant)

Elle vient d’arriver. Tu me l’enlèves.


Christiana se rapproche de Zoé, la prend dans ses bras.


CHRISTIANA

Tu vas rester avec moi ? On va se préparer un bon cake. Le cake !


ZOÉ

Je ramènerai du cake. Pour moi. Maman, elle en a pas le droit. On va pas fichtre en l’air mon programme. Si près du but.



100. INT. Logement de Christiana : Hall – NUIT


Christiana fourre des adresses de chirurgiens esthétiques dans la poche du blouson de Berthe.



101. INT. Logement de Berthe : Cuisine – NUIT


Berthe face à Zoé.



ZOÉ

Je suis en vacances. Mon contrat de saisonnière débute dans quelques jours.


BERTHE

Et mon concours ?


ZOÉ


BERTHE

Quoi ? Qu’est-ce que tu me fais, là ? Tu disais que… Mon concours ? Je pourrai jamais le gagner sans toi. Sans tes si précieux conseils, sans ton programme… Que je respecte… Que je respecte…


ZOÉ

Tu en penses quoi de mon programme ? En comparaison de celui de grand-mère, je veux dire.


BERTHE

(avec une franchise affichée)

Il y a pas photo. De loin le meilleur… Ton contrat de saisonnière, c’est pour après mon concours ?


ZOÉ

Mais oui, maman.


BERTHE (OFF)

Joueuse, ma fille.



102. EXT. Stade municipal – JOUR


Zoé sort un chronomètre.


BERTHE

(soucieuse)

La phase deux ?


ZOÉ

On peut le dire. Même s’il reste un petit détail à régler.


BERTHE

Quoi encore ?


ZOÉ

À ton avis ?


BERTHE

Annonce ! J’aime pas les devinettes.


ZOÉ

La coiffure. Tu ne vas, quand même pas, te présenter au concours comme ça. On dirait… de la paille.


BERTHE

De la paille. Pas sympa.


ZOÉ

Ou du crin de cheval… Non, de la paille. Je vais rester sur de la paille. De la paille sèche. Cassante. Et encore je te parle pas de ta couleur.


BERTHE

Tout ça parce que j’ai mangé un tout petit morceau de gâteau chez ta grand-mère, l’autre jour.


ZOÉ


BERTHE

Son cake. Le cake !


ZOÉ


BERTHE

Alors ? On va se le faire, ce tour de terrain. Après, on y pensera à la coiffure. Si tu veux, je te laisserai choisir la couleur de la teinture au supermarché. Mais pas de rose.


ZOÉ

Maman ? Je sais vraiment pas ce que tu as contre elle.


BERTHE

(précisant)

Pas de teinture de couleur rose.


ZOÉ

Ah oui.

BERTHE

Parce que je crains que, la couleur rose, niveau coiffure, je veux dire, ça passe pas trop aux yeux du jury. C’est toujours un peu con un jury. L’esprit fermé aux nouveautés, à l’originalité. Vaut mieux rester sur du classique. Pas de Rose. Pas de Rose. Pas de Rose. Compris ? Pas de Rose.


ZOÉ

On te fera ça dans un salon de coiffure. J’en connais un très bien, dans le bourg.


BERTHE

Mais j’ai déjà essayé. Les gouinasses, j’ai du mal avec elles. On se comprend pas. Elle va encore m’envoyer chier, cette détraquée !


Sur le visage de Zoé apparaît comme de la tristesse d’entendre de telles paroles.


BERTHE

Je me demande vraiment comment tu fais pour discuter avec ça… Tu es ma fille.



103. EXT. Stade municipal – JOUR – PLUS TARD


Le chronomètre de déclenché, dans la main de Zoé.


ZOÉ

Allez ! On se bouge le cul ! Allez ! Maman… Tu attends quoi ?


BERTHE

Toi.


ZOÉ

Non, moi, je regarde. Toi, tu cours. C’est toi qui vas le gagner, le concours…


BERTHE

Ouais, ouais.


Pour une fois, le jogging porté par Berthe se fond dans le décor parce qu’autour d’elle, plusieurs sportifs en portent aussi, autant que des shorts, et que quelques mini-shorts remontés jusqu’entre les postérieurs de jeunes femmes, affûtées, musclées, galbées, sans bidon.

Au lieu de les ériger en modèles à suivre, ces athlètes, Berthe les méprise.


Les sportives dépassent Berthe, la découragent de boucler le tour demandé par Zoé.


ZOÉ

(conseillant)

Reste concentrée sur ta course… ton trot… ton allure de manière générale, ton rythme.


Pendant que Berthe parcourt dix mètres, dans le même temps, les autres personnes présentes sur l’enrobé de couleur orangée, en réalisaient le double, le triple, le quadruple, le quintuple, le sextuple pour la majorité.


Berthe marche de plus en plus lentement quand les autres courent.


Berthe se traîne, malgré ses séances régulières au centre aquatique.


Zoé semble s’en étonner.


D’une basket, Berthe retire une grosse pierre.


BERTHE (PENSÉE)

Il me semblait bien que…


Ainsi délestée de l’intrus, Berthe gagne en vitesse.


Berthe parvient à atteindre la ligne d’arrivée, également ligne de départ, dans ce cas.


Zoé, d’un geste de la main, envoie aussitôt Berthe tenter de battre son record du tour.


BERTHE

(à Zoé)

Je fais un autre tour ?



104. EXT. Stade municipal – JOUR – PLUS TARD


Berthe retourne à l’exercice, pendant que Zoé s’enfourne des barres chocolatées à haute teneur calorique.


Berthe connaissant une bousculade.



BERTHE (PENSÉE)

Qui osait ? Le diable ? Presque : Divine. Encore là où il ne fallait pas, celle-là. Dans mes pattes.


De longues enjambées de ses sublimes membres inférieurs, bronzés, épilés, Divine saute les obstacles placés dans un couloir de course.


Avec une facilité déconcertante, Divine bondit par-dessus les barrières, sans en toucher une seule.


Berthe rage d’exaspération.


Divine poursuit son petit bonhomme de chemin.


La mine de Berthe déconfite.


BERTHE (PENSÉE)

Divine, cinq années que je la croise dans le bourg, le week-end et au café de son Super Mario. Et puis à la piscine. Et maintenant, au stade municipal.


Lorsqu’elle revient à hauteur, Divine salue Berthe et Zoé de la main, s’excuse de ne pas pouvoir s’arrêter pour des bises, passe.


Dans son sillage, subissant une attraction connue des pilotes de formule un, phénomène d’aspiration oblige, se décolle des feuilles.


Berthe récupère une feuille dans sa capuche et une dans la bouche.


Berthe crache la feuille, sous les rires moqueurs de Zoé.


BERTHE

(envers Divine)

La pute !

ZOÉ

(s’intéressant à Divine)

C’est qui ?


BERTHE

C’est une conne. Sans intérêt.


ZOÉ

C’est une jolie femme…

DIVINE

(revenant vers Zoé et Berthe)

Merci.


ZOÉ

(ajoutant)

Et polie.


Le visage de Berthe.


BERTHE (PENSÉE)

Pour blaguer, encore une fois, celle-ci jouait à l’attirée par les représentantes du sexe féminin, dit « faible » par quelques machos, une espèce en voie d’extinction dans le bourg, remplacée, la sélection naturelle en œuvre, par un variant dominant : les fameux valets, chaque jour plus nombreux. Des dominés.


ZOÉ

Tu sais, maman, tu ignores tout de mes escapades amoureuses, avec d’autres filles.


BERTHE

Drôle…


ZOÉ

Plusieurs fois, j’ai senti le moment venu de tout te raconter de ma sexualité. Sans oser franchir le cap. Parce que je craignais l’exclusion. Une autre exclusion.


BERTHE

Trop drôle…


ZOÉ

Déjà me ressentant en marge de la société, je redoutais que tu me rejettes. Me jette, un déchet. Pourquoi ? Pour ce que je ressent pour les filles, mon attirance pour les filles. Alors, depuis longtemps, je le cache.


BERTHE

Vraiment drôle…

ZOÉ

Je reste dans cette crainte que les réseaux sociaux s’en mêlent et choisissent, à ma place, d’offrir au grand public, des révélations, sur ma sexualité.


BERTHE

On va boire un verre au café du bourg ? Pour se désaltérer après tant d’efforts physiques. Oui ?


ZOÉ

Il y a des robinets d’eau potable dans les sanitaires.


BERTHE

(expliquant)

Tu sais, ma fille, cette eau… Des eaux usées, c’est tout ce qui sort de là. De cette robinetterie, de ces canalisations reliées directement sur les égouts, dans lesquels se vident les chiottes de la commune et du département, et de la région certainement. Tout ça, c’est dégoûtant, ça arrive jusque là-dedans. Et toi, ma fille tu veux qu’on boive de cette eau ? Tu veux nous enterrer ?


ZOÉ


BERTHE

Il est hors de question que je boive de ce liquide. Du poison. Viens avec moi, on va au café du bourg. Ils ont du bon café. Ou du bon chocolat. Tu aimes le chocolat ?


Divine passant, Berthe et Zoé montrent une entente familiale.


Divine s’éloigne.


ZOÉ

Bon. Je veux bien que tu me paies un chocolat dans un bar. Mais au café de la place.


BERTHE

(s’énervant)

Avec la bande de cons.


Divine repasse.

De nouveau, Berthe et Zoé se sourient, en s’échangeant les gentillesses.


Le record du tour de Berthe battu avec facilité, Divine s’arrête un peu plus loin.


BERTHE

C’est pour nous écouter. Je la connais. Rien ne l’arrête. Une vraie saloperie.

J’ai bien compris que ça n’était pas ton amie…



105. EXT. Devant salon de coiffure Laxa’tif – JOUR


Devant l’enseigne Laxa’tif, Berthe.


BERTHE (PENSÉE)

Celle qu’il me fallait. Sans hésiter. D’un professionnalisme irréprochable. Celle qui recueillait les commentaires les plus élogieux sur les réseaux sociaux, et les notes les plus élevées. Souriante en toutes circonstances. Agréable. Appréciée. Aucun client déçu depuis sa prise de fonction, des années auparavant.


Berthe semble vouloir reculer, et courir acheter une teinture, de mauvaise qualité, au supermarché.


De l’extérieur, Berthe observe ce qu’il se passe dans le commerce.


Résonnent contre les habitations des coups de feu.


Dans le salon Laxa’tif, aucune inquiétude démontrée. Pour cause : des vitres blindées entourent l’endroit dédié aux soins capillaires, comme indiqué sur un autocollant.


Berthe montre de l’inquiétude quand un pigeon se pose à ses pieds.


Berthe veut écarter le pigeon.


Le pigeon reste là.


Berthe, inquiète, regarde d’où des tirs peuvent arriver.


De l’autre côté de la rue, un landau part en lambeaux.

BERTHE

(hurlant en direction du volatile)

Con de pigeon ! Barre-toi !


Les chasseurs, Berthe les voit recharger leurs fusils.



106. INT. Salon de coiffure Laxa’tif – JOUR


Dans la précipitation, Berthe se cache derrière Rose.


Berthe oblige Rose à de la dextérité, à réussir à éviter de trancher, d’un coup de cisaille, l’oreille d’une cliente.


ROSE

(reconnaissant Berthe)

Vous ?


Ne bougez pas ! Surtout pas. Ils vont s’en aller. Il y avait un pigeon.


DAMES AUX CHEVELURES VIOLETTES

Parce qu’il en reste encore ?


BERTHE

(s’en désolant presque)

Et oui.


Depuis le salon de coiffure, Berthe aperçoit, dans la rue, les chasseurs réduire le pigeon en poussières.


Depuis le salon de coiffure, Berthe aperçoit, dans la rue, les chasseurs repartent, en quête d’une nouvelle innocente proie.


ROSE

Vous vouliez ?


BERTHE

Non, rien, je sais pas. C’est ma fille… Zoé. Apparemment, tu la connais bien.

On peut le dire, oui. Il vous en reste des insultes ?


ROSE


BERTHE

Parce que s’il vous reste, je crois que ça ne va pas être possible.

Rose affiche un sourire sur son visage.


BERTHE (PENSÉE)

La coiffeuse lesbienne me laissait une chance de me rattraper. Une autre. Décidément, elle aimait bien ma fille, celle-là. Jusqu’à quel point ?



107. INT. Logement de Berthe : Chambre de Zoé – NUIT


Berthe imagine Zoé et Rose, les deux filles nues, en train de se caresser les seins et d’autres parties de leurs corps placées en dessous de la ceinture.



108. INT. Salon de coiffure Laxa’tif – JOUR


La bouche de Berthe.


BERTHE

Trop dégueu !


Plusieurs supposées futures concurrentes au concours, toutes générations confondues, arborant de touffues couettes, des chignons bien ramassés, des tresses ondulées, des bigoudis, d’étonnants palmiers, de mini-crêtes associées à de longues mèches tombantes rigolotes, semblent soucieuses de leurs coiffures.


BERTHE

(annonçant en se sentant forcée)

Je ne parlais pas coiffure.


ROSE

(passant d’un siège à l’autre)

Voyez Mesdames, Mesdemoiselles, vous allez faire fureur au concours.


Berthe ne la ramène pas, loin de là.


Berthe attend debout que la coiffeuse l’autorise à lui adresser la parole.


ROSE

Vous vouliez ?



109. INT. Logement de Berthe : Chambre de Zoé – JOUR


Berthe se trouve devant Zoé.

BERTHE

(se félicitant)

Dans la poche, ta gouinasse ! Trop facile ! Je suis arrivée. Elle a mangé dans mes mains. Comment que je te l’ai embobinée, la vilaine. Finalement, je commence à bien les aimer, ces gouinasses…


ZOÉ

Vraiment ?


BERTHE

Elles sont tellement cruches. C’en est… attendrissant.


Zoé offre une bouille circonspecte à Berthe.


ZOÉ

(enchaînant)

J’espère qu’elle coiffe bien. Et pour longtemps. Parce que je compte pas y retourner après, dans son salon. Il y règne une ambiance, là-dedans. Il faut mieux les laisser entre elles. Faut faire gaffe, quand même. Évite de trop traîner avec cette Rose, tu veux bien. Je voudrais pas te commander. Tu es majeure. Mais prends garde, ma fille.


BERTHE

Je croyais qu’elles te mangeaient dans les mains, que tu en faisais ce que tu en voulais. Faut savoir ce que tu dis, maman.


Berthe, surprise en pleine contradiction.


BERTHE

Ouais, ouais… Voilà ce qui arrive… J’ai dû passer trop de temps en compagnie de la coiffeuse gouinasse et de ses amies gouinasses. Tu vois, ma fille, exactement ce que je te dis. Faut mieux éviter de traîner avec ces détraquées.


ZOÉ

Je ferai comme j’en ai envie. Je m’en fiche, moi, de ce que tu en penses. Tu es comme grand-mère. Une… homophobe !…


BERTHE

Pardon ?

ZOÉ

Tu as très bien compris, maman.


BERTHE

Quoi ? Comment tu y vas, Zoé ? Comment tu me parles ?


ZOÉ

Désolée, mais je ne vois pas d’autre mot. J’ai cherché longtemps dans le dico.


BERTHE

Bon. Un peu peut-être. Comme tout le monde, quoi. Les homos, faut dire que…


ZOÉ

(se révoltant)

Non, pas comme tout le monde. Comme elle. Comme toi. Pas comme tout le monde. Toi, à la limite, tu fais que répéter tout ce que dit grand-mère. C’est pas comme si tu étais capable d’exprimer ta propre opinion.


BERTHE



110. INT. Salle des fêtes – JOUR


Dans la salle des fêtes, des éléments de décoration, sortis de grands camions, prennent leur place : quelques guirlandes et des boules multicolores récupérées sur des sapins avant leur transformation en copeaux, une quantité importante de larges banderoles Bonichon dépliées, des silhouettes de poitrines féminines cartonnées portant le slogan de la marque de lingerie.


Des colis encore fermés transportés soigneusement et déposés sur la scène, sur lesquels le logo du sponsor apparaît.



111. EXT. Devant la salle des fêtes – JOUR


Un cadre sécurisé s’installe autour du bâtiment aux finitions se voulant modernes, un tas de plaques de métal grises, posé sur une couche de bitume gris, entouré d’hortensias gris.


Berthe reçoit un message de sa nouvelle agence d’intérim.

ZOÉ

Ça dit quoi ?


Berthe lit le message.


BERTHE

On me propose une mission dans un abattoir de bovins. Je connais. Je sais très bien ce que signifie l’intitulé : pendant qu’ils vont se taper de la petite jeune, ils me veulent agenouillée à nettoyer du sang giclant de pauvres bêtes égorgées. Et ce, durant trois jours. Tu sais quoi ?


ZOÉ

Non.


BERTHE

Je vais les appeler. Ils vont m’entendre.



112. EXT. Devant la salle des fêtes – JOUR – PLUS TARD


Berthe, son téléphone portable à l’oreille.


BERTHE

(sans retenue aucune)

Vous savez quoi ? Vous pouvez aller vous faire foutre avec vos missions de merde.


Zoé réagit.


ZOÉ

Mais, maman, ils vont te virer.


BERTHE

J’irai chercher du travail dans une autre agence d’intérim. C’est tout.


ZOÉ

Encore ?


BERTHE

Bah pourquoi pas.


ZOÉ

Il en reste encore qui t’acceptent. J’en doute. Tu sais, ils se connaissent entre eux. Ils doivent se passer le passage.


BERTHE

Tu crois ?


ZOÉ


BERTHE

Putain de merde !


ZOÉ


BERTHE

On verra ça après le concours. Là, je dois rester concentrée sur mon objectif du moment. C’est toi qui me l’as appris, ça. Une chose à la fois. Un pas après l’autre.


ZOÉ

Alors, on s’y remet ?


BERTHE

On s’y remet.



113. INT. Logement de Berthe : Salon – JOUR


Berthe se trouve au milieu d’une séance d’abdominaux.


ZOÉ

4… 5… 6…


Berthe sue.


BERTHE

Et on va la battre, cette Divine, lors du concours et je vais devenir la première Miss Magnifique de l’histoire, je vais défiler dans les rues, acclamée. Recevant des bouquets de fleurs d’admirateurs : Les glands baveux, les valeureux valets, les sportifs douchés, les chasseurs ivrognes, les fainéants d’employés communaux, les corrompus élus et le seul, l’unique barman du café du bourg. Mister Magnifique alias Super Mario.


Berthe s’arrête de faire des abdominaux.


BERTHE

Tous à mes pieds, à genoux, dégainant des alliances, des centaines d’alliances, des demandes de mariage par milliers, de toute la région, de toute la nation et de quelques pays limitrophes diffuseurs sur leurs écrans de son sacre.


ZOÉ

(rigolant)

Et de quelques gouinasses ?


BERTHE

Je trouve pas ça drôle.


ZOÉ

(annonçant)

On passe aux squats !


BERTHE

Tout de suite ?


ZOÉ

Tout de suite. Il reste plus que quelques jours avant le concours.


BERTHE

Je sais, je sais. On sera prêtes… Je serai prête. Ils vont plier. Ils vont voter. Tous pour moi. Ils auront pas le choix. À côté de moi, les autres, ces greluches, elles leur paraîtront une bande de gros thons. Perdues au milieu d’immondes morues.


ZOÉ

J’aime t’entendre parler ainsi. Là, j’ai vraiment l’impression d’avoir une mère en mode compétition. Prête au combat. À l’attaque !



114. INT. Salle des fêtes – NUIT


En regardant autour d’elle, Berthe constate l’étendue des dégâts : des affiches Bonichon déchirées, entre autres.


BERTHE (PENSÉE)

Sacrée ? Moi en Miss Magnifique ? Mario entre mes cuisses ? Comment pouvais-je encore en douter ? Après ce qu’il advint dans la salle communale, voilà dix minutes. Mes dernières concurrentes abattues, d’un trait, lors de l’intrusion d’un groupe armé, dernièrement constitué celui-ci. Une erreur sur la personne en tant que motif à défendre aux tribunaux, forcément partiales en nos terres. Un maquillage « œil de biche » confondu avec le regard apeuré d’une innocente bête prise dans les mailles d’un filet de tortionnaires. Des appuis répétés sur des gâchettes. Des tirs. De jolies candidates, de presque prétendantes mortes. Une voie dégagée vers le podium. Comment l’imaginer autrement ?


Zoé, dans les bras d’une femme.


Cette femme est Rose.


Zoé et Rose en train de se câliner, de se rassurer, de s’embrasser, s’aperçoit Berthe.


Zoé et Rose en train de s’embrasser, avec Christiana assistant à la scène, autant que Berthe.



115. INT. Salle des fêtes – NUIT – PLUS TARD


Christiana ranimée à temps, par du personne hospitalier, juste avant l’annonce des résultats officiels du concours.


Berthe laisse le personnel hospitalier se charger de Christiana.


BERTHE

La cause de… ? J’en sais fichtre rien, moi.


ZOÉ

De l’homophobie…


Zoé et Rose s’embrassent.


Berthe paraît se sentir mal à l’aise.


Le personnel hospitalier observe Berthe vaciller, à son tour.

Zoé et Rose entourent Berthe, la supportent.


ZOÉ

Ça va aller, maman ?


BERTHE

Oui, je crois. C’est bon.


Berthe recule de quelques pas.


BERTHE (PENSÉE)

Ma fille une gouinasse ? Ma fille « Miss Gouinasse » ?


La grande salle est vide.


ZOÉ

(encourageant Berthe)

Tu vas le gagner, ce concours ?


Ne reste plus qu’eux trois : Berthe, Zoé et Rose.


ROSE

(à Berthe)

Madame, je pense que vous allez le gagner ce concours ?


ZOÉ

(ajoutant)

Avec une si jolie coiffure, évidemment qu’elle va le gagner, ce concours.


Le trophée et l’écharpe dans un coin, libre d’accès. Hésitante, Berthe s’en approche, poussée par Zoé et Rose.


ZOÉ

Allez, maman !


ROSE

Allez, belle-maman !


BERTHE

Allez vous faire foutre !


ZOÉ


ROSE


Berthe reste observer Zoé et Rose qui semblent s’aimer.


BERTHE (PENSÉE)

Et si le titre de « Miss Magnifique » portait cette signification ? Une ouverture d’esprit, une ouverture au monde, à la diversité. Gagnée à force d’un travail d’équipe. Une équipe familiale, pour le coup. S’il signifiait cela, la récompense d’une véritable métamorphose. À partir d’un esprit fermé, limité. Beauté physique et beauté intérieure ? Les deux. La transformation physique, un détail en comparaison d’une autre évolution, celle qui me permettait, en ce jour de présentation de mon être au concours, d’accepter que ma fille aime une femme. Une autre femme que moi.


Berthe pose une main sur l’écharpe du concours Bonichon, en même temps qu’une autre personne sortie de nulle part.


Cette personne est Divine.


Rose dégage, aussi sec, Divine.


ROSE

(à Berthe)

Vous méritez largement plus que cette comédienne sollicitée, mais sous-évoluée, le premier titre de « Miss Magnifique » de l’histoire.


BERTHE

Oh merci, Rose.


Berthe fait une bise appuyée à Rose.


BERTHE

C’est gentil.



116. INT. Café du bourg – NUIT


Portant l’écharpe gagné, Berthe se présente au café du bourg.


Berthe s’avance vers le comptoir.


Des « Magnifique ! » jaillissant accompagnent Berthe.


Berthe s’assoit en bout de comptoir.


Mario se présente.


MARIO

Comme d’habitude ?


BERTHE


MARIO

Comme d’habitude ?


BERTHE

Non, pas comme d’habitude. Regarde ça !


Berthe montre l’inscription de son écharpe à Mario.


BERTHE

Miss Magnifique, c’est moi !


MARIO

Ah oui. Exact.


BERTHE

J’ai gagné le concours. Tu disais quoi, au juste, à propos de celle qui gagnerait ce concours ? Et de ce qu’elle gagnerait avec toi ?


MARIO

Oh ça… Tu m’as cru ? Je disais ça pour blaguer… Tu as vraiment cru que moi et toi, on allait…


Berthe se lève de son tabouret.


BERTHE

Arnaqueur !


Berthe sort du café du bourg.



117. INT. Café de la place – NUIT


Berthe fréquente le café de la place, où elle peut y croiser Zoé et sa chérie Rose.



118. INT. Logement de Christiana : Hall – NUIT


Berthe rend visite à Christiana.


Zoé accompagne Berthe.


Rose accompagne Zoé.


Christiana recule lorsque Rose cherche à lui faire la bise.


BERTHE

Maman ?


Christiana se force à embrasser Rose.


Berthe se tourne vers Zoé.


BERTHE

Elle va finir par y arriver.


ZOÉ

Oui, j’espère, oui.



119. INT. Logement de Berthe et de Patrick : Chambre – NUIT


Berthe emménage avec Patrick dans un appartement situé en périphérie d’un autre bourg.