Greg de Bana
LA DESTINÉE DU DÉLOGÉ
Scénario de comédie (20 pages)
Résumé :
Un village au pied d’une montagne. Aurore, une peintre, réservée et cultivée, qui devait bientôt exposer.
Une rencontre devenant un amour à protéger.
Aurore bravant les obstacles. Pour le garder.
Elle ne pouvait pas le laisser tomber.
Lui, le délogé. Elle, sa destinée ?
1. INT. Atelier – NUIT
En tenue de peintre, Aurore entre dans l’endroit mal isolé où elle entrepose ses toiles et où elle peint.
Dehors, la pluie tombe.
De la terre et du branchage arraché, porté, se collent aux carreaux.
Au loin, le tonnerre gronde.
Aurore slalome entre des seaux recueillant un écoulement d’eau jaunâtre en provenance d’une zone déconstruite de la toiture.
Derrière un regroupement de hautes et larges toiles, un bruit suspect.
Sur ses gardes et sur la pointe des pieds, Aurore avance.
Une ombre se déplace, d’une silhouette indéfinie.
AURORE
Hé ? Ho ?
Pas de réponse.
AURORE
C’est qui ? C’est toi, Clara ?
Pas de réponse.
AURORE
Clara ! Joue pas à la conne ! Sors de là !
Toujours pas de réponse.
D’un mouvement brusque, Aurore se saisit de quoi lui permettre de se défendre en cas d’agression.
Un nouveau bruit suspect, comme-ci quelqu’un se déplace dans l’atelier.
AURORE
Hé !… Ho !… Hé ? Ho ?…
Aurore semble vouloir se rassurer.
AURORE
Oh ! Et puis, t’as qu’à te démerder ! T’es trop conne, de toute façon. Pauvre conne !
FADI (OFF)
Bonjour !
AURORE
T’es qui ?
D’un pied, Aurore dégage des châssis entoilés vierges étalés sur le sol boueux.
La surprise comble Aurore, au moment de découvrir l’identité de l’interlocuteur.
Il s’agit de FADI, un homme barbu, quasi nu.
Aurore, apeurée autant qu’intriguée.
Fadi, intrigué autant qu’apeuré.
AURORE
Moi, Aurore. Et toi ?
FADI
Moi, Fadi.
Aurore ne paraît pas savoir comment réagir face à Fadi, cette personne, cet inconnu.
AURORE
Caché de qui ? Pourquoi ?
FADI
…
AURORE
Un réfugié ?
FADI
…
AURORE
Un délogé ?
2. INT. Atelier – NUIT – PLUS TARD
L’orage encercle le garage servant d’atelier de peinture, Aurore et Fadi avec.
Fadi est habillé d’une tenue mixte piochée dans la garde-robe d’Aurore.
Un coup de tonnerre surprend Aurore et Fadi.
Aurore en bondit, lâche le tableau qu’elle montre Fadi.
Ensemble, Aurore et Fadi s’accroupissent.
Gentiment, Fadi relève la création artistique d’Aurore.
Fadi utilise un chiffon pour en retirer une fine couche terreuse.
Aurore à son regard plongé dans le regard de Fadi, cet homme barbu, bronzé, musclé, massif.
AURORE
Faudra penser à fabriquer un plancher ici. Encore des dépenses. Notre charmante bâtisse ressemble de moins en moins à un douillet cocon, désolée.
FADI
…
Autour d’Aurore et de Fadi, tout part en friche.
L’atelier se secoue.
Des éclairs bleuâtres traversent le ciel.
Les seaux se remplissent autour du chevalet plaqué contre des briques cimentées et fissurées.
De coupants morceaux d’ardoises se détachent, glissent, rejoignent des amas de verdure dans les gouttières, les bouchent.
La maison s’entoure de chutes d’eau froide.
Aurore regarde Fadi qui semble inquiet.
AURORE
Ça ne devrait pas s’écrouler, je ne pense pas.
FADI
…
AURORE
Même sous un si violent orage.
Les murs de l’atelier tremblent.
AURORE
Même si les murs tremblent.
Le toit de l’atelier s’ouvre, laissant apparaître la lune.
AURORE
Même si le toit s’ouvre et que la lune apparaît.
La foudre perce l’horizon, une onde d’un lumineux rose clair descend, atteint, en s’engouffrant par une ouverture, l’intérieur de l’atelier et une des toiles.
Une explosion fumante projette Aurore en arrière.
Aurore atterrit sur des fesses, celles de Fadi qui la réceptionne.
Non blessée, Aurore, juste choquée et réconfortée, caressée par Fadi.
AURORE
Putain de merde ! Putain de putain de putain de merde !
Aurore dirige son regard de haut en bas et aperçoit une trouée dans son atelier d’artiste.
AURORE
Sacré coup de foudre !
Fadi sourit à Aurore.
Aurore et Fadi éteignent un début d’incendie apparu dans une zone écartée de la pluie tombante et entrante.
Des portraits fument et le contenu d’un seau d’eau est vidé dessus, avant un piétinement de toiles.
AURORE
Je vais devoir te laisser. J’ai entendu une bagnole. Il ne faudrait pas qu’elle te voie, celle-là. Reste dans mon atelier. Je vais revenir.
FADI
Je t’attends.
AURORE
Je crois que je t’aime, Fadi.
FADI
Moi aussi, Aurore.
3. EXT. Devant l’atelier – NUIT
Aurore, suspicieuse envers Clara, face à laquelle elle se trouve.
CLARA
Et puis, si tu me laisses pas entrer, comment veux-tu que je puisse constater les dégâts et les réparations à effectuer ? Si tu veux que je paie une partie des réparations, il faut bien que je me fasse une idée du chantier. Et de ce que ça va me coûter. J’ai le droit de savoir. La moindre des choses, non ?
AURORE
…
Fébrile, Aurore.
CLARA
Tu caches quelqu’un dans le garage, ou quoi ? Un cadavre ? Tu as planqué un cadavre dans le garage ?
AURORE
Tu racontes vraiment n’importe quoi ! Il n’y a que mes tableaux dans mon atelier. Que vas-tu imaginer ? Il n’y a personne. Pas de cadavre. Pas de réfugié politique. Personne.
Prise au piège d’une dénonciation involontaire, Aurore cherche à garder son calme.
Clara ne semble pas décidée à lâcher Aurore.
CLARA
Tu caches un réfugié politique chez nous ? Un sans-papiers, oui… Je connais. C’est ça, Aurore, que tu planques dans notre maison ? C’est aussi ma maison, je te signale. Tu vas nous attirer tes ennuis, toi. Avec tes conneries. Un sans-papiers, et puis quoi d’autre encore ?
AURORE
…
4. INT. Atelier – NUIT
Aurore, Ève et Xavier semblent avoir trouver un arrangement.
XAVIER
Je me voyais mal annuler l’exposition…
Aurore indique la porte d’entrée de l’atelier à Ève et à Xavier.
AURORE
Maintenant, vous vous cassez de chez moi ! Vous connaissez la sortie !
Ève et Xavier, main dans la main, se retirent.
Une fois la porte fermée, Aurore peintre déplace la grande toile.
Vraiment pas rancunier, Fadi reste à la disposition d’Aurore.
5. INT. Atelier – JOUR
Aurore se réveille aux côtés de Fadi, au milieu de ses tableaux.
6. INT. Maison : Cuisine – JOUR
Aurore rejoint Clara qui est en train de lire le journal du jour.
Un placard d’ouvert, Aurore se saisit d’un paquet de céréales.
Aurore déverse le contenu du paquet de céréales dans un bol de lait frais.
Aurore s’assoit près de Clara, concentrée.
Un article retient l’attention de Clara, remarque Aurore.
Les faits relatés intéressent particulièrement Clara, surtout parce qu’ils traitent d’un événement survenu au village.
Clara lit l’article à voix haute.
CLARA
… C’est alors que la créature féroce se jeta sur l’enfant. Qui s’en sortit miraculeusement indemne… Une battue doit être organisée, ces jours-ci…
AURORE
Une battue ?
Clara prête le journal à Aurore.
Une photographie de mauvaise qualité, prise par un téléphone portable, semble-t-il, accompagne le texte rédigé par un journaliste.
Sortant de l’obscurité, Aurore reconnaît, sur cette photographie, une silhouette barbue.
7. EXT. Chemin – JOUR
Aurore se promène seule.
8. INT. Atelier – NUIT
Aurore revient auprès de Fadi qui, de suite, remarque son mécontentement.
Fadi entoure la taille d’Aurore.
FADI
Aurore, ça ne va pas ?
Énervée, Aurore repousse Fadi.
Aurore jette le journal à Fadi.
AURORE
Page huit !
Fadi feuillette le journal.
Fadi tombe sur l’article le concernant.
Fadi lit le texte.
FADI
Le menteur ! Faut pas le croire ! Je n’ai jamais attaqué personne. Aurore ? Tu me connais ?
AURORE
Je croyais te connaître… Maintenant, que va-t-on pouvoir faire ? Tu vas devoir te cacher.
FADI
Je me cache déjà. Dans ton atelier.
9. EXT. Chemin – JOUR
Aurore se promène seule.
10. INT. Atelier – NUIT
Aurore peint.
Dans les couleurs employées à la réalisation du tableau qu’elle réalise, Aurore laisse éclater les sentiments l’envahissant.
11. INT. Atelier – JOUR
Xavier et Aurore sont en grande discussion, une discussion houleuse.
AURORE
Je n’apprécie pas lorsque tu cherches à orienter mes choix artistiques. Tu le sais, pourtant. On en a déjà discuté.
12. INT. Atelier – NUIT
Aurore détruit des tableaux prévus pour l’exposition.
13. INT. Atelier – JOUR
Xavier et Aurore, face à face.
Xavier tendant des pinceaux à Aurore.
XAVIER
Tu veux bien reprendre tes pinceaux ?… Je me suis excusé. J’ai reconnu mes torts. Que veux-tu de plus, Aurore ?
Clara prend Aurore dans ses bras.
CLARA
Ben oui Aurore ?
14. INT. Atelier – NUIT
Aurore peint un autre tableau, aux couleurs moins sombres.
15. EXT. Chemin – JOUR
Aurore se promène seule.
Aurore s’arrête, pensive, regarde le ciel.
16. INT. Atelier – JOUR – PLUS TARD
Aurore et Fadi sont en train de se câliner.
Toque quelqu’un à la porte de l’atelier.
Aurore recouvre Fadi par ce qui permet de le garder près d’elle, et caché des regards indiscrets, des regards dénonciateurs, des délateurs.
Bien que méfiante, Aurore laisse YVAIN, un enquêteur, entrer dans l’atelier.
17. INT. Atelier – JOUR – PLUS TARD
Aurore et Yvain sont debout l’un est face de l’autre, de profil.
Les narines d’Yvain s’agitent.
Yvain renifle.
YVAIN
Il y a quelque chose, derrière ! Je sens quelque chose qui…
Yvain s’avance vers la cachette de Fadi.
Aurore arrête Yvain, net.
Aurore se met devant Yvain, en opposition.
AURORE
Oh ! Où tu vas comme ça, toi ? Va chercher ton autorisation ! On n’est pas dans un moulin, ici. On est chez moi. Dans mon atelier. C’est écrit dehors. Tu sais lire ?
YVAIN
Oui, bien sûr.
AURORE
Tu veux enquêter dans mon atelier ? Présente-moi un laissez-passer !
YVAIN
Oui, oui. Bien sûr.
AURORE
Un passe, tu passes ! Pas de passe, tu passes pas !
Presque Aurore botte l’arrière-train d’Yvain.
La porte de l’atelier fermée, Aurore retrouve Fadi.
AURORE
Tu ne peux plus rester caché dans l’atelier. Il va revenir. Je ne pourrai pas l’arrêter. Il va te trouver. Et les villageois vont te… vont nous… Non, je préfère éviter d’y penser.
18. INT. Atelier – JOUR – PLUS TARD
Aurore et Fadi rassemblent le nécessaire à une escapade montagnarde.
19. EXT. Forêt – NUIT
Aurore et Fadi escaladent une paroi en pente douce, accèdent au pied d’un dôme, le contournent.
FADI
Normalement, ils n’ont pas le droit de venir ici ?
AURORE
Oui. On va dire que oui.
Collés l’un à l’autre, Aurore et Fadi poursuivent leur quête d’un discret abri.
Se présente une cavité.
20. INT. Grotte – NUIT
Comme arrivant chez eux, Aurore et Fadi s’y engouffrent.
Aurore pose le sac à dos, en sort ce qui devient le lit de Fadi.
Aurore installe Fadi dans son nouveau lit, le borde.
Aurore et Fadi s’embrassent tendrement.
21. INT. Atelier – JOUR
Ève indique l’arrière de la très grande toile retournée.
ÈVE
Il n’y a plus personne là-bas ? Ton amoureux secret ? Ou ton bandit en cavale ?
AURORE
Ou ta connerie !…
ÈVE
Ma connerie ?
AURORE
Ta connerie… Façon de parler… Parce que je n’ai jamais caché personne dans mon atelier. Tu peux aller le dire à l’enquêteur. À la mairie, si tu le veux, aussi.
ÈVE
L’enquêteur ? Quel enquêteur ?
Répondant aux attentes d’Ève, la peintre lui décrit désavantageusement Yvain, dans une gestuelle.
ÈVE
Flippant, le type ! J’espère ne jamais le croiser !
22. INT. Atelier – JOUR – PLUS TARD
Aurore peint Ève qui pose nue.
23. INT. Devant la maison – NUIT
Clara pose son menton sur l’épaule droite d’Aurore.
CLARA
Allez ! En quoi puis-je t’aider ? Raconte-moi ! Il ressemble à quoi, ton mec ? Il est beau ?
AURORE
D’une certaine façon, oui. Intérieurement, sans discussion. Très beau intérieurement. Modeste. Galant. Compréhensif…
CLARA
Et physiquement, il est beau ? Il ressemble à quoi ?
AURORE
Il est barbu.
CLARA
Il est barbu, ton mec ?
AURORE
Il est barbu.
CLARA
Il est barbu, d’accord.
Clara pouffe.
24. EXT. Forêt – NUIT
La lampe de son mobile allumée, Aurore prend, à un horaire habituel, la direction de la montagne.
Les bruits surgissant du dense feuillage ne paraissent pas l’inquiéter.
Les serpents ou les renards, Aurore reconnaît leurs traces, les entend se faufiler.
Une lumière, d’origine inconnue, traverse une rangée de buissons ronds.
Aurore approche d’un passage étroit bordé de deux précipices.
Une personne suit Aurore, semble-t-il.
Aurore éteint son téléphone portable, toutes ses fonctions.
Aurore attend.
Il semble, à Aurore, que son suiveur, à l’identité inconnue, rebrousse chemin.
Aurore sourit, donnant l’impression de penser pouvoir retrouver son amoureux Fadi, sans crainte d’une arrivée malfaisante.
25. EXT. Forêt : Sentier – NUIT – PLUS TARD
Les blocs montagneux se dressent entre les plantes rampantes.
Aurore ne s’écarte pas d’un sentier à peu près sécurisé, qui, pourtant, se rétrécit au fur et à mesure de l’avancée.
Prenant garde à ne pas glisser sur une plaque instable, Aurore marche lentement.
Des cailloux dégringolent, le long de la paroi abrupte, et atterrissent, beaucoup plus bas, sur des pieux formés.
Aurore s’interdit de regarder sous elle ce qui s’y déroule.
Une chouette surprend Aurore, en s’envolant.
Les larges ailes blanches tachetées de la chouette se déploient.
Aurore glisse.
Aurore panique.
Aurore s’agrippe.
Aurore se maintient à une fine liane, prolongement d’une souche d’arbre en décomposition.
Juste avant que la corde végétale se déchire, Aurore se remet sur pied.
Un éclairage éblouit Aurore.
Aurore met les mains devant ses yeux.
AURORE
Arrêtez ça !
Aurore voit Yvain baisser une longue lampe.
AURORE
Vous ? Mais vous me suivez ?
Aurore montre qu’elle est furieuse.
YVAIN
Je me promenais. C’est pas interdit, à ce que je sache, de se promener dans la montagne.
Aurore se trouve embêtée, en manque d’arguments.
Yvain pointe le genou entaillé d’Aurore.
YVAIN
Vous êtes blessée ?
Aurore passe deux doigts sur la supposée blessure.
AURORE
C’est rien. J’ai glissé. Je vais me débrouiller. Vous pouvez rentrer chez vous. Bonne soirée. Bonne nuit.
Aurore cherche l’interruption de discussion, mais Yvain semble le comprendre.
YVAIN
Vous faites quoi, ici ?
AURORE
Curieux !
YVAIN
…
Aurore montre à Yvain comment rejoindre le village.
AURORE
Voyez par là-bas, il y a raccourci. Je vous le conseille.
Yvain ne se laisse pas convaincre.
YVAIN
Je connais le coin. Je viens souvent ici, ces temps-ci.
AURORE
…
YVAIN
La féroce bête sauvage, paraît qu’elle se cache dans la montagne. En savez-vous quelque chose ?
AURORE
Il n’y a aucune féroce bête sauvage, dans aucune grotte de la montagne. Tout ce que je peux vous dire. Bonne soirée. Bonne nuit.
YVAIN
Dans aucune grotte, dites-vous ?
AURORE
…
Aurore regarde Yvain se pencher, s’agenouiller, renifler ses chaussures boueuses.
Yvain s’éloigne, paraît suivre une piste.
Les fesses dressées, les narines ouvertes, Yvain explore les parfums, les odeurs, les senteurs de cette nature associées à sa recherche.
Aurore se retient de rire au moment où Yvain se colle un paquet de mousse suintante sur le tarin.
Aurore prend le chemin du retour, dans l’espoir de voir Yvain continuer à la suivre.
26. EXT. Chemin – NUIT
Aurore descend de la montagne.
Les toits des habitations du village apparaissent, un à un.
Aurore s’arrête.
Un regard inquiet d’Aurore lancé vers un haut mont du massif, celui sous lequel la grotte se situe.
27. EXT. Monticule de pierres – NUIT
Occultant le risque d’une lourde chute, Aurore gravit un monticule de pierres coupantes, qui s’écroule, de suite son passage effectué.
28. INT. Grotte – NUIT
Les vêtements déchirés, se tenant un coude meurtri, des hématomes sur le corps, Aurore arrive dans la grotte.
Sur place, Aurore trouve des lettres tracées sur le sol, comme un message d’adieu.
Des larmes coulent sur les joues d’Aurore.
Un cri de Fadi s’entend, à proximité.
29. EXT. Forêt – NUIT
Aurore retrouve Fadi.
LE RAVISSEUR accompagne Fadi.
Le ravisseur menace Fadi d’un fusil de chasse.
Fadi, s’aperçoit Aurore, exécute les ordres du ravisseur, sans broncher.
Fadi avance, droit devant lui.
Sur ses gardes, Aurore se déplace.
Aurore suit Fadi et le ravisseur.
Aurore évite de l’appeler, Fadi.
Fadi et le ravisseur disparaissent derrière un arbre à tronc large.
Discrètement, Aurore se rapproche de l’endroit.
Du pied, Aurore dégage des brindilles recouvrant une trappe.
Aurore s’accroupit, colle une oreille contre la planche en bois.
Aurore écoute.
Aurore remarque que des pas résonnent sous terre, de moins en moins fortement, en s’éloignant.
Aurore soulève ce qui sert de porte à un étendu réseau de canalisations.
30. INT. Réseau de canalisations – NUIT
Lentement, Aurore descend une échelle fixée dans la roche.
Les pieds d’Aurore touchent le sol.
Aurore s’enfonce dans l’obscurité.
Seule une timide lueur permet à Aurore de contourner les trous, réservoirs de pièges aux mâchoires d’acier, semés tous les cinq mètres environ.
Courageuse limite téméraire, amoureuse, Aurore continue de se diriger vers Fadi.
FADI (OFF)
Qu’allez-vous faire de moi ?
LE RAVISSEUR (OFF)
À ton avis ? Je vais te vendre au plus offrant, pardi. Après, ça n’est plus mon problème. Tant qu’on me paie. Grassement… Je commence à recevoir de vraies offres. J’attends encore un peu. Que les enchères montent.
31. INT. Repaire : Armoire – NUIT
Maintenant à l’intérieur d’une armoire entrouverte, Aurore peut visualiser l’entièreté des faits et gestes du ravisseur, quelle relation il entretient avec Fadi.
Entre des chemises bariolées et des vestes de camouflage, Aurore se tient aux premières loges.
Dans sa position, Aurore s’empêche de regarder Fadi recevoir les compliments et les caresses du ravisseur.
Le ravisseur observe de long en large la soyeuse barbe multicolore de Fadi, s’aperçoit Aurore.
LE RAVISSEUR
Tu es vraiment spécial, toi. Les offres tombent. Je préfère encore attendre. De mon avis, ta cote va grimper. En plus, je n’ai pas réussi à joindre les plus fortunés. Ils doivent me rappeler. Ils sont pointilleux, mais ils paient bien, mieux que mes clients en ville. Je pense qu’ils préféreront t’avoir vivant.
FADI
Je le pense également.
LE RAVISSEUR
Moi, tout ce qui peut faire monter les prix, je prends. On m’a proposé un chèque de mille cinq cents euros, et un de deux mille euros.
Fadi semble se vexer.
LE RAVISSEUR
Ce sont les prix du marché. Tout ça est très encadré. Je ne peux inventer des prix. J’aimerais bien… mais ça m’est impossible. Certains le font. Pas moi. Moi, je dénonce les hors-la-loi. Faut pas déconner, non plus ! Les arnaqueurs, je les dénonce, c’est tout. Je n’ai pas peur de le dire. Et quand ils se prennent de grosses amendes, avec mes potes, les vrais, qu’est-ce qu’on en rigole. Les cons !… Normal, non ?
FADI
…
D’un pas, le ravisseur recule.
LE RAVISSEUR
Un petit truc à régler.
Le ravisseur se retourne, d’un geste.
Le ravisseur pointe son fusil de chasse en direction de l’armoire, celle dans laquelle Aurore se croit bien cachée.
Le ravisseur frappe dans l’armoire.
LE RAVISSEUR
Tu sors !
Repliée sur elle-même, Aurore se présente au ravisseur.
32. INT. Repaire – NUIT
Aurore est attachée, aux côtés de Fadi.
AURORE
Le plus simple, pour vous comme pour nous, ce serait que vous nous relâchiez. Parce que…
Avant qu’Aurore finisse sa phrase, le ravisseur lui enfonce une chaussette de sport suante et usée dans la bouche.
Le ravisseur entoure la chaussette d’un ruban adhésif.
LE RAVISSEUR
Je t’ai pas demandé ton avis.
La colère, celle d’Aurore, monte en elle.
Des injures viennent à Aurore, par paquets, mais elle ne peut les évacuer, empêchée.
Aurore fronce les sourcils et elle regarde le ravisseur, avec intensité.
Aurore enrage.
FADI
On va s’en sortir.
Aurore grimace, salive.
La matière adhésive tient en place, tout autant que les liens fermés sur les poignets et sur les chevilles d’Aurore et de Fadi.
FADI
Les premiers jours en ta compagnie furent ceux de ta découverte. J’appris ce qui sommeillait en toi. J’explorai les richesses de ton brillant esprit. Je fus agréablement surpris de constater quelles valeurs nous partagions…
De la nostalgie emplit les corps capturés d’Aurore et de Fadi.
33. INT. Repaire – NUIT – PLUS TARD
Aurore mâchouille le rebord de l’adhésif plastifié.
La lèvre supérieure d’Aurore puis, en dessous, ses incisives se découvrent.
Suite à une légère épilation de la zone située sous les narines d’Aurore, un bout de chaussette apparaît.
Du jus nauséabond coule du bout de chaussette apparu.
Le ravisseur passe, à côté, là où ça capte, un énième coup de fil, celui-ci apparemment d’importance, Aurore et Fadi l’entendent émettre des sons l’indiquant.
Aurore parvient, en s’aidant de sa langue, à retirer une partie du ruban collant.
FADI
Tu regrettes ? Tu regrettes notre rencontre ? Moi je ne regrette rien. J’ai découvert un monde méconnu grâce à toi.
34. INT. Repaire – NUIT – PLUS TARD
Otages, collés, serrés, marchandise, Aurore et son délogé.
Le ravisseur reçoit un message écrit et le lit.
LE RAVISSEUR
Onze mille euros ! Pour vous deux. Qu’en dites-vous ?
35. INT. Cercueil – NUIT
Aurore, qui a des organes et des membres en moins, tape du poing.
Yvain, le cercueil qui s’ouvre sur lui.
36. EXT. Champ – NUIT
Yvain sort Aurore du cercueil.
Yvain semble étonné de la nouvelle apparence d’Aurore.
Exténuée, Aurore remercie Yvain qui vient de la sauver.
AURORE
Et Fadi ?
Yvain hausse les épaules.
37. INT. Atelier – JOUR
Encouragée par Xavier à exposer le fruit de ses aventures, Aurore se remet à peindre, encouragée par Clara.
38. EXT. Rue – NUIT
L’exposition est annoncée sur des affiches déroulées sur des vitrines de magasins fréquentés.
39. INT. Atelier – NUIT
Les signatures appliquées signifient, à Xavier, quelles toiles peintes Aurore accepte de lui fournir.
40. INT. Galerie d’art – JOUR
Aurore accueille des invités.
Aurore se trouve au milieu d’une clique de critiques d’art, venus rédiger des articles de magazines spécialistes du domaine.
Un inconnu, de dos.
Aurore se rapproche.
AURORE
Fadi ?
Un visiteur de l’exposition, qui n’est pas Fadi, se retourne.
VISITEUR DE L’EXPOSITION
Pardon, Madame ?
AURORE
Non, rien. Je vous avais pris pour… Non, excusez-moi.
41. INT. Atelier – NUIT
Aurore peint.
Les poils du pinceau qu’Aurore utilise rappellent, étrangement, ceux de la barbe de Fadi.